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MONDIALISATION :Le mal qui dévore la nature

Notre planète peut nourrir plus de population qu’aujourd’hui, à condition que les richesses naturelles soient réparties équitablement.

Depuis  le  mois  de  décembre 2019, le  monde entier découvre, à travers la prolifération du coronavirus qui a fait des milliers de morts, que  la  nature ne se domestique pas. La mondialisation et l’ultralibéralisme sont à l’origine des désordres  écologiques  et  sociaux  que  nous  vivons aujourd’hui. Les biologistes qui travaillent sur la diversité sont unanimes à dire que si la destruction des environnements naturels n’est pas stoppée, la moitié ou plus de la faune et de la flore disparaîtra à la fin du XXIe siècle.

La question qui se pose  est  la suivante : est-il  moralement  censé  de  faire disparaître de larges parts de la vie sur notre planète Terre en un temps très court, alors que leur restauration nécessite des millions d’années ? Si le XXe siècle fut le siècle des droits de l’homme, le XXIe doit être celui des droits de la nature, car elle court un danger imminent.

Les grandes firmes multinationales et les détenteurs de capitaux en général ne cherchent qu’à augmenter  leurs  profits  sans  tenir  compte  des limites écologiques de  notre  planète Terre. Au  nom  de  la “domestication de la nature”, les capitalistes recourent à une utilisation abusive des ressources naturelles, de l’eau que nous buvons et de la terre nourricière, sans oublier la pollution de l’air que nous respirons.

Les modes  de  production et  de  consommation actuels  ne profitent  qu’aux pays riches, d’après William Rees (2006) : “Si tous les habitants de la planète vivaient sur le niveau de vie américain, il nous faudrait 5 planètes…” Notre planète peut nourrir plus de population qu’aujourd’hui, à condition que les richesses naturelles soient réparties équitablement à l’échelle de la planète.

La  surconsommation  des  pays  riches,  grands  consommateurs  de ressources naturelles, comparativement aux pays pauvres, n’est rendue possible que par la   dégradation  de  l’environnement.  Lebeau  (2008),  qui  fustige  le néolibéralisme et la mondialisation, a bien souligné cet état de fait : “Si l’on fait un rapprochement entre les quantités consommées et l’estimation des réserves présentes dans l’environnement, on constate que l’épuisement des ressources  naturelles  est  une  perspective proche, un  siècle  tout au plus.”

Ce qu’il faut souligner aussi, c’est que non seulement les pays pauvres ne bénéficient pas des mêmes conditions de vie des pays riches, mais aussi perdent leurs propres ressources au profit des firmes transnationales. La croissance économique illimitée des “affairistes de tous bords” des pays industrialisés à travers  leurs  firmes  multinationales va  à  l’encontre des recommandations de nombreux scientifiques qui proposent le respect des limites écologiques de la nature.

Cette dernière ne se domestique pas, il faut la comprendre, la conserver et l’écouter. En d’autres termes, la relation entre l’homme et la nature doit être une relation de compréhension et non de domestication. Une nature protégée et saine nous procure de la richesse, de la beauté, de la diversité et nous protège de beaucoup de maladies. En reprenant Delèage (2013 : 17), la logique de production industrielle immodérée se traduit par une artificialisation toujours plus poussée de la nature.

Certains économistes ont raison de remettre en cause le critère de produit intérieur brut (PIB) utilisé par l’ONU, pour évaluer le niveau de vie d’un pays. Certes, c’est un instrument nécessaire pour mieux cerner la production, l’utilisation et la répartition de la richesse monétaire, mais il ne comptabilise pas tout ce qui n’a pas de prix comme un environnement sain et “bon à vivre”. Le bien-être des populations ne dépend pas seulement de la “monnaie” mais aussi et surtout de la santé des écosystèmes et de la qualité des services
naturels qui en résultent.

Or, nous assistons de plus en plus à la destruction des écosystèmes, dont la forêt qui joue un rôle important d’une part en diminuant la prolifération des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, d’autre part en tant qu’habitat d’animaux sauvages. Ces derniers, du fait de la perte de leur milieu de vie naturel, sont la source de la transmission de maladies par leur rapprochement avec les humains.

Les scientifiques s’accordent à dire que l’évolution des modes de vie et le réchauffement climatique sont en grande partie les causes de la transmission des virus des animaux à l’homme. Selon l’OMS, 154 nouvelles maladies virales ont été découvertes entre 1940 et 2004, dont les trois quarts sont des infections transmises de l’animal à l’homme, comme le virus du sida.

En plus des maladies d’origine virale transmises à l’homme par les animaux, d’autres  maladies dites “ de  la  civilisation”  sont  transmises  à  l’homme directement par la consommation de produits agricoles et alimentaires issus de  l’agriculture  productiviste  ou  industrielle  à  forte  utilisation  d’intrants chimiques (engrais, pesticides, herbicides…) et l’utilisation d’hormones pour engraisser les animaux.

Ces  modes  de  production  intensifs  s’inscrivent  dans  une  logique  de l’artificialisation de la nature par une agriculture fondée beaucoup plus sur la chimie  que  sur  la  biologie. Kempf (2009)  a  souligné : “Face  à  la  crise écologique, l’avenir n’est pas dans la technologie, mais dans la redéfinition de nos modes de consommation, et donc de nos relations sociales.” L’obsolescence alimentaire érigée par les grandes firmes multinationales a entraîné la disparition de milliers de petits paysans dans le monde, et delà les cultures vivrières saines.

Tout le système est organisé pour que les agriculteurs recourent à l’achat en permanence des semences (cas des organismes génétiquement modifiés et “ou” des semences hybrides), des engrais de synthèse, du matériel agricole… qui relèvent des firmes multinationales. L’agriculture industrielle, de par une forte utilisation des pesticides comme facteur d’augmentation des rendements agricoles, porte atteinte à l’environnement et à la santé des populations.

D’après Pimental (1995), “on estime que 2,5 millions de tonnes de pesticides sont appliqués chaque année sur les cultures de la planète. La part qui entre en contact avec les organismes indésirables ciblés — ou qu’ils ingèrent — est minime. La plupart des chercheurs l’évaluent à moins de 0,3%, ce qui veut dire que 99,7% des substances déversées s’en vont ailleurs”.

L’agroécologie comme alternative à l’agriculture industrielle
Face  à  cette  agriculture  dévorante  des  ressources  naturelles  et  à  forte utilisation des intrants chimiques, de nombreux agriculteurs dans le monde, au nord comme au sud, recourent à l’agriculture écologique par la valorisation des savoir-faire des paysans. L’agroécologie constitue une alternative à l’agriculture industrielle car elle est respectueuse de la nature, des hommes, de la faune et de la flore.

Elle tient compte de l’équilibre de  la nature  et  des  services  qu’elle  rend  en diminuant les intrants (engrais, pesticides, aliments pour bétail) dont certains sont à l’origine de la pollution de l’air, des  eaux  et  des sols qui  causent  des dangers sur la santé humaine. Beaucoup  d’analystes s’accordent  à dire que cette agriculture écologique peut nourrir l’ensemble de la population mondiale, à condition de réorienter les modes de production et de consommation actuels des pays riches.

Les grands lobbys capitalistes refusent de s’inscrire  dans la  voie  de ce défi alimentaire qui nécessite une conversion écologique de leur économie, leur but étant de maintenir le statu quo qui privilégie leurs intérêts au détriment de la protection de l’environnement. L’avantage de la grande exploitation dans la productivité est loin d’être partagé par les défenseurs de l’agriculture paysanne.

Ces  derniers   furent  même  confortés  par  la  publication  en  2008  de “L’évaluation  internationale  des  connaissances,  des  sciences  et  des techniques agricoles pour le développement”, organisée à Genève sous l’égide d’un panel comprenant la Banque mondiale en partenariat avec des organisations de l’Organisation des Nations unies (ONU), les représentants de la société civile, des gouvernements et du monde scientifique.

L’enquête, qui a duré 4 ans et réalisée par plus de 400 scientifiques venus du monde  entier, tire  la sonnette  d’alarme sur les  dangers  de  l’agriculture productiviste sur l’environnement et propose un modèle de développement équitable respectueux de l’écologie et des techniques de production de la paysannerie.

Selon  Delcourt  L.  (2008),  “ ce  rapport  a  démontré  que  non  seulement l’agriculture paysanne n’est pas moins productive que l’agriculture industrielle, mais qu’elle peut en plus apporter une bien plus grande valeur ajoutée en raison des  multiples  fonctions  sociales, culturelles  et  écologiques  qu’elle remplit.”

La mainmise des grandes firmes transnationales sur l’agriculture mondiale, par le contrôle de tous les segments des filières agroalimentaires, ne peut être justifiée par le manque de productivité de l’agriculture paysanne, mais beaucoup plus pour défendre leurs intérêts.

Les paysans tant  décriés  assurent   l’approvisionnement  des  marchés de proximité en quantité et surtout en qualité (Servolin, 1975) : “On sait que, dans les pays capitalistes développés d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord, l’essentiel de la production alimentaire est assuré par des entreprises de petites dimensions économiques qui emploient très peu de main-d’œuvre salariée.

Cette  forme  particulière  de  production  est  désignée  sous  des  vocables différents: exploitation familiale (family farm), entreprise individuelle, économie paysanne, qui tous cherchent à exprimer la spécificité de ces unités de production par rapport à la norme sociale naturellement représentée par les grandes entreprises industrielles capitalistes”.

Espérons que la pandémie actuelle qui a tué des milliers de personnes dans le monde et ses conséquences sur le plan économique servira à revoir nos modes de  production  et de consommation  et  de penser  aux  générations futures.

Par : Hocine DOUFENE (*)

(*) Enseignant-chercheur
Université Mouloud-MAMMERI

 

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