Elle a inventé un appareil de séchage qui fonctionne à l’énergie solaire : Wafa Braham Chaouch nous en parle

Dans cet entretien, la chercheuse Wafa Braham Chaouch, qui travaille à l’Unité de recherche en énergies renouvelables en milieu saharien (Urerms) à Adrar, revient sur son expérimentation alliant la science et la tradition. Fruit de longues années de recherche, son travail a consisté à développer le séchage solaire des produits agroalimentaires, notamment la viande cameline, largement consommée dans la région saharienne.

L’Expression : Vous avez développé un appareil qui permet le séchage de la viande cameline par le biais de l’énergie solaire. Quel est l’intérêt de cette invention ?
Wafa Braham Chaouch : Je suis originaire de la wilaya de Bordj Bou Arréridj et ma ville natale est Alger. Je me suis installé à Adrar, où je vis depuis près d’une vingtaine d’années pour des raison professionnelles. Je dois dire que l’intérêt m’est d’abord apparu au plan gustatif. Je trouve la viande cameline succulente. Ensuite, j’ai découvert qu’elle a beaucoup de qualités. Sa teneur en cholestérol est beaucoup moins élevée que celle de la viande ovine ou bovine.
L’intérêt est également social, puisque la viande cameline constitue l’une des principales ressources en protéine pour les familles au sud du pays. Sa consommation est privilégiée pour ses vertus, sa saveur, et son prix accessible qui ne dépasse pas les 1000 DA.

Dites-nous maintenant, en quoi consiste votre invention ?
Vous convenez, avec moi, que les idées naissent du besoin. J’ai constaté que le séchage de la viande cameline est une coutume locale, dont on peut aisément deviner l’intérêt économique et social, lorsqu’on vit à Adrar.
En m’intéressant à la méthode traditionnelle, J’ai voulu apporter ma touche de scientifique pour pérenniser cette tradition qui me paraissait essentielle pour l’équilibre alimentaire, mais également culturel de la région. Je me suis donc mis à la tâche en effectuant des tests sur un échantillon de viande séchée à l’air, comme le veut ladite tradition. Les résultats ont démontré que selon la méthode traditionnelle, on mettait la viande à la merci des poussières et des insectes. Même si sur le principe, l’opération permettait de conserver l’aliment, il n’en demeurait pas moins qu’au plan de la microbiologie physico-chimique, la viande perdait quelque peu de sa qualité. La teneur en protéines avait changé. De plus, j’ai également constaté que la quantité de sel utilisé dans le séchage de la viande était trop importante. Je ne remets pas en cause la tradition, mais la scientifique que je suis se devait de bien étudier les avantages et les inconvénients de cette méthode traditionnelle.Mon idée était que l’usage de l’énergie solaire pour pratiquer un séchage de la viande cameline devenait intéressant au sens où il permettait d’éviter les « ratés » de la méthode traditionnelle. Mon objectif était de faire gagner du temps et donner aux citoyens d’Adrar une viande séchée de bien meilleure qualité.Cela étant, j’en viens à mon invention. L’expérimentation consistait à sécher de la viande de chameau grâce à un séchoir solaire. C’est tout un appareil qui a été conçu, réalisé et soumis à l’expérimentation au sein de l’Urerms. Les résultats obtenus étaient très encourageants. La technique a permis d’économiser du temps, de façon à réduire des journées entières à quelques heures seulement.
Durant les pré-traitements de la viande séchée, j’ai pensé à réduire le taux de sel, pour faire une viande très proche, au niveau gustatif et physico-chimique, de son état originel.
Je dois préciser que j’ai été primée sur mon projet lors de la cérémonie de remise des Prix de la deuxième édition du Prix de la Ville verte qui s’est tenue, en octobre dernier, au Centre international des conférences Abdellatif-Rahal.

Le succès du séchage de la viande cameline à l’énergie solaire peut-il être dupliqué à d’autres produits ?
Le séchage solaire est une façon de conserver les produits. C’est une alternative à la réfrigération et à la congélation. Il peut être appliqué à plusieurs aliments, à l’exemple des fruits, légumes, herbes aromatiques, sur les poissons et autres types de viandes.

Est-ce que cette invention peut être commercialisée?
Je pense que cette spécialité peut devenir un axe d’exploitation dans la production agroalimentaire et non, seulement à usage simplement traditionnel.
Le séchoir solaire a été développé par l’équipe des chercheurs de l’Urerms. Mais à ce jour, on ne voit pas comment en faire un vrai produit économique. Aussi, je pense qu’il faut mettre en place une structure juridique sérieuse et dédiée à pérenniser une vraie coopération entre les laboratoires et les centres de recherches des universités algériennes et le secteur économique. Pour ce qui nous concerne, c’est l’agroalimentaire qui est susceptible de bénéficier de cette invention.

Revenons à votre passion pour la viande cameline. Votre invention lui a été dédiée. Vous avez un message à transmettre?
Je pense qu’il faut donner à la filière cameline la place qui lui sied. Cette dernière englobe plusieurs spécialités, comprenant entre autres, les producteurs de lait, de laine de chameaux et de viandes et la tannerie, ce qui nous permet de dire qu’elle pourrait devenir une filière économique génératrice de richesse et pourvoyeuse d’emplois.
Je profite de l’occasion que vous m’offrez pour dire que le Sud possède toutes les potentialités pour contribuer à asseoir une réelle politique de développement de l’économie nationale au-delà de sa dépendance aux hydrocarbures.

L’Expression

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