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Arezki Chenane. Docteur en sciences économiques «L’économie circulaire peut booster la dynamique locale»

Pouvez-vous nous parler des recommandations du colloque sur l’entrepreneuriat vert et l’économie circulaire que vous avez organisé, les 3, 4 et 5 décembre 2019, à l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou ?

Les participants ont recommandé la nécessité de lever l’acte d’investissement dans l’entrepreneuriat vert et l’économie circulaire de toute contrainte bureaucratique contraignante de réaliser des projets innovants et créateurs de richesses et d’emploi pour les territoires dans le cadre du développement durable.

Sur ce point précis, il est recommandé de booster la dynamique entrepreneuriale par un accompagnement non seulement financier et technique mais aussi sociologique et anthropologique, l’entrepreneuriat ne pourrait réussir dans ce domaine d’ailleurs si l’on ne prend pas en considération l’aspect socioculturel du porteur de projet, ce sont là des déterminants de la réussite des projets de création des entreprises vertes.

Les communicants à cette manifestation ont également mis un doigt sur le problème du financement à ce type d’activités. L’innovation financière doit être développée pour aller vers de nouveaux produits bancaires adaptés en encourageant aussi les porteurs de projets innovants par des avantages fiscaux et para-fiscaux ainsi que des incitations à l’investissement dans ce domaine qui est dédié au développement durable.

Enfin, les expériences des pays ayant connu un essor considérable de l’économie circulaire et l’entrepreneuriat vert ont été examinées et les participants recommandent l’adaptation de ces expériences au contexte algérien avec la prise en compte des spécificités et exigences des territoires, il n’y a pas de modèle unique de l’économie circulaire.

C’est dans ce contexte que la nouvelle stratégie nationale en maturation et qui est tracée par le ministère de l’Environnement et les Energies renouvelables à l’horizon de 2035 doit impérativement intégrer l’économie circulaire comme axe principal en redonnant, d’ailleurs, la priorité aux domaines de l’environnement dans tous ses volets et plus particulièrement la gestion intégrée des déchets.

– Comment voyez-vous l’apport de l’économie circulaire dans la création d’une dynamique territoriale visant à asseoir une politique de développement durable ?

Il est clair que l’économie circulaire intervient dans un contexte des ressources fossiles qui connaissent un épuisement. Dans le cadre de l’économie linéaire classique, la finalité est de réaliser une croissance économique sans penser à gérer les externalités issues des activités de consommation et de production, mais dans le cadre de l’économie circulaire, tout cela est pris en considération du fait que ce modèle fonctionne en boucles, on passe de l’économie du cow-boy à l’économie du cosmonaute.

L’apport de l’économie circulaire au développement territorial n’est pas à démontrer du fait que selon l’étude du BIT réalisée, en 2012, la transition vers l’économie verte pourrait générer de 15 à 60 millions d’emplois supplémentaires à l’échelle mondiale au cours des 20 prochaines années. C’est pourquoi, il est nécessaire de booster cette dynamique entrepreneuriale à l’effet de réaliser une croissance économique durable en mesurant même la contribution de celle-ci au PIB. On parle des indicateurs de mesure du «PIB vert».

– Quels sont, selon vous, les voies et moyens susceptibles d’encourager le tri et le recyclage des déchets en Algérie ?

Comme signalé précédemment, la stratégie nationale en matière du développement durable à l’horizon 2035 est axée sur la gestion des déchets. Il est, donc, important d’insister sur la question de la gestion intégrée et circulaire des déchets à même d’être adaptée au contexte local. Il est nécessaire aussi de réfléchir à intégrer les modèles de réussite des initiatives locales.

Ces initiatives sont riches en enseignement si l’on veut réussir la mise en place d’une nouvelle stratégie cohérente et réalisable en associant tous les acteurs concernés. Le tri sélectif est une étape importante dans la gestion des déchets en amont, mais il faut encourager le recyclage, la réutilisation et le réemploi (les 3R), mais il faut aussi régler le problème de l’acceptabilité sociale des produis issus du recyclage qui répondent, d’ailleurs, largement aux normes pour asseoir une économie circulaire viable.

– Les dynamiques entrepreneuriales doivent-elles tenir compte des spécificités et attentes des territoires à tous les niveaux?

Les dynamiques entrepreneuriales, aujourd’hui, sont au cœur du développement territorial. C’est l’entreprise qui fait le territoire et non l’inverse. Je dois dire que les logiques entrepreneuriales obéissent aux attentes et spécificités des territoires à tous les niveaux. Pour construire un territoire et le hisser à un niveau de développement, il est nécessaire de réunir deux conditions. D’abord, l’identification puis la valorisation de la ressource dont recèle le territoire et ensuite assurer la coordination des acteurs.

Cette dernière nous renvoie à la question de la gouvernance territoriale qui reste à développer pour être en mesure de mettre en place des projets de développement territoriaux tenant compte des exigences des territoires. Puisqu’il n’y a pas de territoires condamnés, il y a des territoires sans projet. C’est dans ce contexte que l’économie circulaire peut constituer une alternative pouvant booster une nouvelle dynamique locale. L’économie circulaire est incontestablement l’économie du futur.

El Watan

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