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Biodiversité urbaine : Solution pour un agencement entre les éléments naturels et artificiels

Aucun enseignement n’a été tiré des échecs du passé en matière d’aménagement urbain en Algérie notamment dans son volet environnemental. Les espaces verts à l’abandon. Dans des nouvelles cités ces espaces ne sont pas de tout prévus. Dans certaines localités, des arbres anciens sont arrachés pour des motifs farfelus. La journée nationale de l’arbre coïncidant avec le 25 octobre va être célébrée en Algérie comme à l’accoutumée avec des gestes certes louables de la part des institutions concernées et de la société civile ouvrant pour la protection de la biodiversité : la plantation des arbres. Mais, ces plantations occasionnelles ne visent en réalité qu’à marquer l’événement. De l’avis des spécialistes la problématique réside dans l’entretien et la sauvegarde de ces structures vivantes.

Par Djedjiga Rahmani

drahmani@elwatan.com

Des images des plus choquantes, circulant ces derniers jours sur la toile, montrent des arbres cernés par le godron à Sétif. Cette matière des plus polluantes a servi pour «l’aménagement des trottoirs», un mode d’aménagement qui tend à se généraliser en Algérie.

Dans ce dossier, des écologistes reviennent sur les différents problèmes de la biodiversité urbaine mais surtout sur les solutions pour toute action environnementale urbaine. Dans la majorité de nos villes, les arbres d’alignement provoquent plus de désagréments que de bienfaits. «Il est vrai que la culture de l’arbre d’alignement manque cruellement chez nous, vu l’état de nos alignements qui deviennent préoccupants. La présence du palmier en abondance dans le Nord, les branches tordues des faux poivriers et les insuffisances en matière de normes urbanistiques en espaces verts ne sont que des témoins», regrette Keltouma Iktiten, conservateur divisionnaire des forêts au Parc national du Djurdjura.

Au-delà du choix des arbres et du milieu de plantation adéquats, les séries de travaux infinis que connaissent nos villes deviennent les causes de la détérioration des espaces verts en ville notamment les arbres d’alignement qu’on arrache dans bien des cas à coups de pelleteuse pour refaire des travaux de viabilisation ou d’autres aménagements.

Mais que faut-il faire afin de veiller sur la pérennité de la biodiversité urbaine ? «D’abord, il faut penser à anticiper l’implantation des réseaux d’éclairage public, de branchement d’électricité et de gaz, de télécommunication (fibre optique ou autre installation) et d’autres canalisations (branchements AEP et réseau d’assainissement), avant de procéder à toute plantation d’arbres », propose cette spécialiste de l’environnement faisant remarquer qu’«une bonne vision consiste à tracer une stratégie prenant en considération tous ces aléas afin d’éviter le recours au déboisement à chaque fois qu’un projet vient à être réalisé». Et d’insister : «Les arbres de bords de route sont des éléments indissociables de nos agglomérations qui constituent un patrimoine écologique et paysager de grande valeur ! Il faut donc en prendre soin.»

Comment ? Pour permettre aux arbres de jouer pleinement leur rôle en ville (embellissement, dépollution, le maintien des sols…), deux volets majeurs doivent être pris en compte comme en recommande Kaltouma Iktiten, conservateur divisionnaire des forêts au Parc national du Djurdjura (PND). «Pour remplir le rôle pour lequel la plantation a été créée, deux critères doivent être pris en considération : esthétique et biologique», asserte cette spécialiste.

Par l’aspect esthétique Mme Iktiten vise essentiellement la forme de l’arbre, sa taille et la nature de son feuillage. Quant à l’aspect écologique, ce volet rassemble les conditions climatiques du milieu (température, pluviométrie, vent et humidité) et édaphiques (pH du sol, porosité, imperméabilité, structure et texture).

Une fois ces deux critères bien étudiés, vient une autre étape plus cruciale : le choix de l’espèce à planter. «Le choix des essences d’alignement est une étape complexe du point de vue du nombre de critères qu’il faut prendre en considération, mais elle permet de déterminer le développement futur de la plantation et sa gestion et éviter ainsi des erreurs de choix qui se manifestent au fur et à mesure que le jeune arbre prend de l’ampleur», prévient ce conservateur divisionnaire des forêts au (PND). Pour les arbres d’alignement, notre interlocutrice met en exergue des caractéristiques des arbres une fois devenus adultes.

Ce sont ces caractéristiques qui déterminent le choix des arbres d’alignement. Les branches de ces derniers ne devraient en aucun cas encombrer ou gêner la circulation des passagers et des véhicules. «Le caractère évolutif de l’arbre est un facteur capital pour réussir une meilleure structuration de l’alignement urbain», affirme Mme Iktiten qui revient sur les désagréments causés par le mauvais choix des arbres d’alignement. «Les conséquences très fâcheuses qu’on constate dans le développent physiologiques de l’arbre n’est que le résultat de l’absence totale de réflexion dans le choix des espèces», estime-t-elle.

Cette écologiste met en garde du fait qu’«on ne peut ni changer ni créer les conditions écologiques du milieu naturel». D’où la nécessité de mieux choisir les espèces avant chaque opération de plantation. «Le meilleur choix serait de planter chaque arbre dans une région qui répond à ses préférences climatiques et édaphiques», préconise la spécialiste.

Ainsi, ce que nous constatons comme anomalies dans l’agencement et l’embellissement de nos villes n’est en réalité, d’après cette spécialiste, que le résultat d’une mauvaise réflexion préalable portant sur le choix des arbres à planter dans tel ou tel endroit. «Des problèmes de développement dans la partie aérienne et souterraine du végétal sont malheureusement constatés dans la plupart des alignements présents dans les villes algériennes, ce qui atteste de l’absence de réflexion dans le choix des espèces», atteste cette écologiste.

Sur le plan biologique, «les alignements présentent des symptômes d’une acclimatation difficile à un microclimat urbain qui impose des particularités en termes des conditions du milieu (chocs divers, manque de place pour le système racinaire, bulle de chaleur urbaine, pollution…)», explique Mme Iktiten.

Sur le plan esthétique, «la perte de la valeur paysagère est souvent remarquée quant aux alignements qui bordent les avenues de nos villes où les dimensions disproportionnées entre la taille des plantations et l’espace dédié à leur développement est très flagrant. L’absence d’un entretien adéquat a chaque stade de développement des alignements s’ajoute aux erreurs de choix pour aggraver encore davantage la pression sur ces plantations et rendre difficile leur adaptation aux conditions particulières du climat citadin.

Cette spécialiste rappelle que de par les irrégularités de ses reliefs (désert, montagne, colline, plaine et vallées), l’Algérie offre une mosaïque de climats locaux qui diffèrent nettement en allant du Nord au Sud et de l’Est vers l’Ouest. «La proximité de la mer, la rugosité et l’altitude sont des paramètres qui agissent fortement sur les facteurs locaux du climat, à savoir la température, la pluviométrie et le vent», souligne Mme Iktiten.

Comment réussir la plantation des arbres en ville  ?

«La meilleure solution pour réussir la structuration des alignements d’arbres sur les bordures de nos routes serait de planter chaque espèce dans la région qui lui est climatiquement adéquate», répond notre interlocutrice suggérant d’avantager les essences rustiques qui ont la capacité de résister au froid et au gel. Comme il faut surtout favoriser celles qui tolèrent mieux la pollution et les aléas climatiques.

Ce que dit la loi

Le cadre juridique concernant la protection de la biodiversité notamment existe en Algérie mais l’application des textes fait défaut comme en témoignent de nombreux spécialistes. Ainsi, le décret exécutif n° 09-67 du 7 février 2009 relatif à la nomenclature des arbres urbains et des arbres d’alignement [Jora n° 10, du 11 février 2009, p. 9], cite les feuillus les plus répandus en Algérie, à l’instar du frêne, du peuplier blanc et noir, du platane d’Orient, du mûrier noir et blanc, d’orme champêtre, du chêne zéen, d’érable sycomore, etc., dans la liste des arbres à privilégier lors de la plantation.

Cependant, la plantation de résineux comme le cèdre de l’Atlas, le cyprès vert, l’araucaria et bien d’autres espèces à port majestueux peut aussi multiplier la biodiversité urbaine. «Ces arbres attirent beaucoup d’espèces d’oiseaux comme le merle noir et bien d’autres espèces qui s’acclimatent du milieu urbain», rappelle cette spécialiste de l’environnement-écologie. Qui est censé appliquer cette loi ?

En milieu urbain, c’est «le paysagiste concepteur qui doit intervenir dans le choix des essences à planter, en tenant compte des spécificités de chaque espèce, à savoir le système racinaire, le développement du houppier et de ses exigences édapho-climatiques», précise cette écologiste. Et de poursuivre : «Le choix de l’arbre et de son milieu de plantation est fondamental pour la réussite de l’objectif visé.

Le choix d’une espèce dépend des conditions du site, des attentes du projet et des caractéristiques de l’arbre en milieu urbain.» C’est la raison pour laquelle Mme Iktiten exhorte les parties concernées à favoriser la diversité et prévoir un espace suffisant pour accueillir l’arbre.

El Watan

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