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Débroussaillement : La meilleure solution contre les feux de forêt

A  quelques jours du printemps, la végétation  reprend vie et prolifère. Mais avant  l’arrivée des fortes chaleurs, débroussailler devient  essentiel. Le but : limiter les risques  d’incendie et éviter  le scénario de l’été 2020.

En 2020, l’Algérie a vécu au rythme d’incessants incendies qui se sont déclenchés un peu partout sur le territoire. Le dernier bilan des feux de forêts enregistré durant la période, s’étalant entre juin et juillet 2020, a fait état de 1381 foyers de feu pour une superficie cumulée de 14 496 hectares dont 4268 hectares de forêts, 5563 hectares de maquis et 4665 hectares de broussailles partis en fumée. Les dégâts ont aussi concerné une superficie de 1085 hectares de récolte de blé et d’orge, 145 821 bottes de foin, 104 676 arbres fruitiers, 5111 palmiers, 360 ruches d’abeilles.

Pour mieux gérer l’épisode estival et lutter efficacement contre les incendies, Chakali Gahdab, professeur au département de zoologie agricole et forestière à l’Ecole nationale supérieure agronomique d’Alger recommande de procéder au débroussaillement. Un procédé qui se fait entre avril et mai. De son côté, Brahim Guit, forestier et enseignant à la Faculté des sciences de la nature et de la vie de Djelfa, précise que l’efficacité du débroussaillement est limitée dans le temps.

Expliquant que le milieu «cicatrise» en deux ou trois saisons de végétation, surtout quand le débroussaillement est effectué entre la fin de l’automne et le début printemps, époque favorable au développement de rejets vigoureux. Il est donc nécessaire d’effectuer régulièrement des repasses pour maintenir le phytovolume et la phytomasse des strates basses à leur niveau opérationnel. «Certains praticiens signalent l’intérêt d’un premier débroussaillement de printemps suivi d’une repasse en fin d’été», fait-il savoir.

Obligatoire donc pour protéger les écosystèmes et leur biodiversité et de préserver le patrimoine forestier, très sensible à la dégradation contre la propagation des feux, débroussailler s’avère aussi nécessaire pour aussi faciliter les accès et les actions à entreprendre pour éteindre un feu surtout dans les forêts situées dans des reliefs de montagnes, notamment des parcs nationaux de Chréa et du Djurdjura. «En milieu forestier, le débroussaillement est une opération annuelle et obligatoire dont l’objectif est de rompre  la continuité végétale qui favorise la puissance au feu et permettre à l’incendie de se répondre», ajoute M. Chakali Gahdab.

Ces opérations consistent donc à éliminer les plantes végétales susceptibles de participer à la propagation du feu afin de réduire la masse combustible, vecteur des incendies. «L’opération consiste à faucher la strate herbacée et d’élaguer les verticilles inférieurs et de supprimer les branches sèches de la strate arborée. La pratique de l’élagage est une opération nécessaire pour limiter le départ des incendies», explique-t-il. Précisant que les tranchées pare-feu  réalisés dans diverses forêts en Algérie participent aussi dans leur ensemble à la réduction des incendies, comme c’est le cas des pinèdes en zones semi-arides.

Concernant les méthodes utilisées pour le débroussaillement, il en existe, selon M. Guit, trois types. Le premier : manuels en utilisant des serpes, des scies d’élagage ou des outils à moteur thermique portés à dos d’homme (débroussailleuses, scies à chaîne, …). La seconde méthode est mécanique, à l’aide d’engins dont le fonctionnement pose des problèmes sur forte pente. Et, enfin, la méthode chimique en utilisant des phytocides pour éliminer la strate herbacée.

Surveillance permanente

Par ailleurs, les experts s’accordent à dire que les forêts denses et mal entretenues sont les plus exposées aux incendies. A cet effet, M. Guit explique : «La structure de nos formations forestières confère une très forte combustibilité à ces milieux en raison de l’importance de la strate arbustive et herbacée, surtout en période estivale et augmente ainsi le risque d’incendie». C’est pour ce type de cas que M. Chakali Gahdab conseille de veiller et entreprendre des opérations sylvicoles pour préserver ces milieux naturels contre les feux en période estivale.

Les coupures de combustible cloisonnant les massifs forestiers sont donc un excellent outil pour l’aménagement des forêts dans le cadre de la Défense des Forêts Contre les Incendies (D.F.C.I.). «Malheureusement, à ma connaissance, on n’a jamais effectué d’opérations de débroussaillement en Algérie mais seulement on installe des T.P.F. (Tranchées pare-feu)», se désole M. Guit.

Ajoutant qu’ailleurs, les forêts sont entretenues car elles sont, pour la plupart, productives et privées. «Chez-nous, les forêts du semi-aride (car des forêts des Ouled Naïl) sont d’une importance écologique certaine. Elles ont un rôle de forêts de protection et leur suivi et leur protection revêtent une importance capitale dans la préservation de la biodiversité végétale et animale qu’elles abritent», assure-t-il.

La forêt étant un milieu très fragile qui demande une surveillance permanente, surtout vis-à-vis des incendies qui restent la menace la plus préoccupante de l’environnement, M. Chakali Gahdab préconise la mise en place et le développement de programmes pour chaque forêt selon sa composition et son étage bioclimatique. «Dans un contexte général, ce sont les moyens qui restent limités pour une meilleure gestion forestière», fait-il savoir. Mais suite à la série des feux de forêts observée l’an dernier, y a-t-il encore quoi débroussailler ?

D’abord, M. Gahdab précise que les feux de forêts ont plusieurs causes, mais les broussailles ou les buissons développés et denses restent un véritable point de départ et un facteur favorisant l’extension des incendies et leur ampleur. Parmi les éléments responsables des incendies, le facteur anthropique reste, selon le chercheur, le plus menaçant des départs des feux de forêts. «De plus, par ses nombreuses actions en milieu naturel, l’homme détruit et fragilise la diversité biologique dans son ensemble et participe favorablement aux départs des feux de forêts», accuse-il.

De son côté, le professeur Guit assure que la végétation se cicatrise après incendie. Les espèces végétales de la région méditerranéenne ont développé, selon lui, des traits adaptatifs pour résister aux incendies, ainsi que stratégies de régénération efficaces, soit en repoussant à partir de tissus de survie (repousses), soit par semis (semenciers obligatoires) ou par la combinaison des deux mécanismes (facultatifs) et l’opération de débroussaillement doit être appliquée de façon permanente. Les particuliers ne sont pas en reste de tout cela.

En effet, ils sont tenus de débroussailler autour de chez eux. Selon M. Guit, se protéger des risques d’incendie est une obligation surtout pour ceux qui habitent à la périphérie du milieu forestier. De son côté, Chakali Gahdab affirme que l’opération de débroussaillement est une nécessité qui s’impose dans son contexte. «Tout le monde s’accorde à dire que la pratique de cette alternative a un impact certain et réduit considérable les possibilités dans les départs des feux particulièrement en forêt et son environnement avoisinant», précise-t-il. Par ailleurs, des opérations de brûlage dirigé ont déjà été menées à l’étranger. L’objectif est de réduire les risques d’incendie l’été dans ce secteur.

Mais ce type d’opération est-elle envisageable en Algérie et constituer une solution contre le risque des feux de forêt ? «Dans les forêts à fortes densités de régénérations, des incendies contrôlés sont conduits sur la strate herbacée pour une meilleure gestion et préservation du patrimoine, cas des forêts portugaises. Ce moyen est une alternative de limiter la propagation des feux dans son environnement», conclut M. Gahdab.

12 millions d’arbres déjà plantés

Dans le cadre de l’opération «Un arbre pour chaque citoyen», 11, 7 millions d’arbustes ont été plantés l’année passée.A la date d’aujourd’hui, il y a eu 12 millions de plants pour un objectif de 19 millions d’arbres.La campagne de reboisement prendra fin le 21 mars courant avec une éventualité de prolonger le délai dans certaines wilayas. N. O.

El Watan

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