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Pr Mohamed Hichem Kara. Responsable du laboratoire de Bioressources marines «Il faut transformer cette menace en opportunité»

Docteur es sciences, Mohamed Hichem Kara est professeur à l’université d’Annaba où il dirige le laboratoire de Bioressources marines. Il est membre fondateur et vice-président de l’Académie algérienne des sciences et technologies (AAST) et président du Comité ressources vivantes et écosystèmes côtiers à la commission internationale pour l’exploration scientifique de la Méditerranée (CIESM). Il est également expert de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Il nous parle, ici, des invasions biologiques dans les milieux aquatiques en Algérie et de ce qu’il faudrait faire face à la menace du crabe bleu.

– Des espèces étrangères de poissons ont déjà été signalées, mais pour le crabe, c’est la première fois ?

Parmi les 28 espèces de poissons marins exotiques signalées en Algérie, aucune ne s’est établie sur nos côtes.

Par contre, les trois espèces de crabes signalés se sont révélés invasifs, à commencer par l’espèce Percnon gibbesi qui est arrivée la première en 2010 et qui constitue actuellement des populations importantes un peu partout sur le littoral.

– Pourquoi ces espèces arrivent-elles maintenant ?

Il est admis que c’est le réchauffement de la Méditerranée qui attire les espèces à affinités tropicales. Le mode d’arrivée de ces espèces reste à établir, car souvent la progression des invasions biologiques ne répond pas à une dynamique spatio-temporelle cohérente.

Néanmoins, deux voies d’introduction sont envisageables. D’une part, les eaux de ballast des bateaux, et d’autre part, une migration active à travers le détroit de Gibraltar ou le Canal de Suez, selon le cas.

– Quelle est la situation des invasions biologiques dans les milieux aquatiques en Algérie ?

Dans le domaine marin, l’Algérie reste relativement préservée de ce phénomène, de par son éloignement des deux principales portes d’entrée de la Méditerranée, Gibraltar et le Canal de Suez.

Les dernières publications font état de 71 espèces étrangères, mais avec l’intensification du transport maritime et le récent élargissement du Canal de Suez, la situation pourrait évoluer rapidement.

Le phénomène est bien plus préoccupant dans les eaux douces où 50% des espèces présentes sont exotiques et majoritairement envahissantes. Malheureusement, leur éradication n’est pas envisageable.

Par contre, il est possible d’envisager leur valorisation halieutique, en plus de la nécessité de mettre en place des politiques de prévention efficaces.

– Comment comptez-vous lutter contre l’invasion des crabes bleus ?

Notre action se limitera à mieux connaître ces nouveaux arrivants. Un vaste programme de recherche est actuellement en cours dans notre laboratoire, afin d’évaluer l’impact éventuel de ces crabes sur l’écosystème local et leurs interactions possibles avec d’autres espèces autochtones.

L’impact sur le devenir de la pêche et les possibilités de valorisation et de commercialisation de ces nouveaux produits feront partie de nos objectifs, d’autant que ces crustacés sont réputés pour la qualité de leur chair.

– Les crabes et les autres espèces invasives auront-ils un impact sur l’environnement en général et sur l’économie de la pêche en particulier ?

L’impact environnemental des espèces invasives est à observer au cas par cas, et aucune généralisation n’est possible. Il est cependant possible d’imaginer des scénarios pertinents d’adaptation des pratiques halieutiques aux changements globaux dont le réchauffement climatique est l’une des conséquences.

Les capacités d’anticipation seront déterminantes pour atténuer les effets négatifs de ces changements, voire en tirer profit.

Dans le cas particulier des crabes bleus, il y a lieu de transformer la menace en opportunité. Certains pays l’ont compris, comme la Tunisie qui, durant le premier semestre de 2018, a exporté 1450 tonnes de crabe bleu pour une valeur d’environ 3 millions d’euros.

 

El Watan

 

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