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Consommation énergétique dans le secteur des transports en Algérie : quelles sont les sources d’économie possibles ?

La rationalisation de la consommation d’énergie est un défi important pour l’Algérie, notamment dans ce contexte de crise budgétaire qui est accentué par la baisse vertigineuse des prix du pétrole. Le secteur du transport qui totalise un tiers de la consommation nationale est susceptible de contribuer à ce défi si l’ont favorise les modes moins énergivores et à forte capacité.

Avant de détailler les principales sources possibles de rationalisation d’énergie dans les transports, nous allons d’abord faire un état des lieux sur les types d’énergies et leur consommation par secteur. L’accent sera mis davantage sur le secteur des transports à travers sa consommation d’énergie et sa production par mode.

Énergie en Algérie : types et consommation par sous-secteur

En matière de couverture de ses besoins en énergie, l’Algérie présente une indépendance vis-à-vis de l’extérieur. En effet, selon le bilan énergétique national du ministère de l’Énergie (2018), la production commerciale d’énergie primaire a atteint 165,2 Millions de Tonne équivalent pétrole (Tep), tandis que les importations sont de l’ordre de 1,5 M Tep. Sur l’ensemble de l’énergie disponible, la consommation nationale représente plus d’un tiers (39,3%), soit 65,0 M Tep. Le reste de l’énergie produite, soit 60% représentant 100,8 M Tep, est destiné à l’exportation.

La consommation finale s’élève à 48,1 M Tep et se répartit par sous-secteur comme suit: Industrie & BTP: 10,5 ; Transport: 15,3 ; Ménages & autres: 22,4. On remarque le secteur de transport est à l’origine de la consommation d’un tiers de l’énergie (32%) et vient après le plus grand secteur de consommation représenté par : les ménages et autres (les administrations et les activités de services).

Secteur des transports : consommation et service réalisé par mode

L’énergie consommée par les transports est repartie entre le transport routier qui domine la consommation avec 92%, suivi du rail et de l’arien qui représentent chacun 4%. Le transport maritime qui est plus utilisé dans les acheminements du commerce extérieur n’est pas tenu compte en raison de l’absence de données en la matière. À l’instar des autres pays, le transport en Algérie est un secteur qui utilise principalement les énergies fossiles (Gasoil 52%, essence et kérosène 40%, GPL 6% et électricité 2%). En termes de service procuré, le transport routier domine avec 97% des déplacements de personnes et des marchandises et le ferroviaire participe à prés de 2,5% et l’aérien à moins de 1%.

Le transport routier est donc le sous-secteur qui doit, en premier lieu, constituer le centre d’intérêt pour toute vision de rationalisation de la consommation d’énergie. Afin de mieux appréhender ce sous-secteur, saisissons d’abord ce que renferme la structure et les caractéristiques du parc national automobile (PNA) qui a franchi la barre de six millions de véhicules à partir de 2017 :

Sur 10 ans (seulement), le PNA a presque doublé, en passant de 3.9 millions à 6,4 millions entre 2008 et 2018 ;
Le véhicule de tourisme, la camionnette et le camion occupent une place très importante dans le PNA respectivement de 65%, 19 % et 7%. Le véhicule de tourisme est encouragé par des facteurs socioéconomiques ( prix bas de carburants, facilitation des crédits automobiles et l’ouverture du marché à l’importation, le pouvoir d’achat… ) et par l’incapacité des transports en commun à répondre à la demande de mobilité (en terme quantitatif et qualitatif).

Pour ce qui est de la camionnette et le camion, leur place dans le PNA s’explique par la politique d’emploi poursuivie par les pouvoirs publics à travers des facilités de crédits et fiscales accordés à des chômeurs pour la création de leur propre entreprise de transport de marchandises. Cette même politique a été aussi opérée après l’ouverture aux privés en 1987 en vue résorber le chômage et de combler le déficit saillant qui a caractérisé les entreprises publiques de voyageurs qui ont d’ailleurs déposé faillite dans leur majorité quelques années plus tard ;

La structure du PNA est largement dominée par des équipements de transport à usage personnel ce qui ne favorise pas une économie d’énergie. Il est vrai que, depuis quelques années, la tendance est au développement de transport capacitaire pour les passagers (métro pour la capitale et tramways dans quelques grandes villes, bus de 120 places pour toutes les wilayas).

Cependant, malgré ce retour de l’opérateur public à travers les modes cités précédemment, le transport privé par bus classique et par taxi garde encore une proportion importante dans les déplacements des Algériens.

Le constat est le même aussi pour le transport de marchandises. Malgré de gros investissements dans les chemins de fer (réalisés dans les plans de développement de ces dernières années), les opérateurs privés constitués d’une poudrière de microentreprises assurent la quasi-totalité du transport de marchandises par voie routière.

Principales sources possibles pour l’économie d’énergie dans les transports

Le transport routier, non seulement, consomme la quasi-totalité de l’énergie, mais aussi on peut remarquer une forte accélération des quantités consommées. Sa consommation passe de 9800 à 14342 Tep en dix ans (de 2008 à 2018) malgré un ralentissement à partir de 2014 suite à la crise budgétaire et aux mesures de restrictions à l’égard des importations de véhicules neufs.

Les autres modes de transport (arien et ferroviaire) n’affichent pas de croissance dans la consommation d’énergie, cela s’explique par leur faible service (en transport de voyageurs et de marchandises) et par la quasi-stagnation de la flotte aérienne et de trains.

En termes de types d’énergies consommées, on peut remarquer une excessive utilisation des énergies fossiles, notamment le gasoil et l’essence dans le transport routier (pour 2018 la consommation se présente comme suit : gasoil 9354 Tep, essence : 4144 Tep, jet fuel 608 Tep, GPL 767 Tep). La consommation du gasoil a, notamment, amorcé une forte croissance à partir de 2007 et constitue actuellement l’énergie dominante.

Compte tenu de la nature de l’offre de transport en Algérie caractérisée par le tout routier, il est important de s’appuyer sur des politiques de report modal et d’encouragement les modes moins énergivores. Les éléments de cette politique sont :

La réhabilitation du transport ferroviaire sur des axes à forte densité urbaine (qui assurent des taux de remplissage soutenables) et où sont présents les flux de marchandises ( liaisons ports de commerce et zones d’activité) est très importante en raison des vertus de cet ancien mode de transport connu pour sa faible consommation d’énergie par passager et par tonne transportés, sa moindre pollution, mais aussi pour ses effets sur le désengorgement des axes routiers saturés, notamment à l’approche des villes, des ports et des aéroports ;
Le renouvellement progressif de la flotte actuelle de bus et de camion pour des équipements de transport neufs et de taille plus grande est susceptible d’améliorer les ratios de consommation d’énergie par passagers*km et par Tonne*km et de les ramener à des niveaux plus bas ;
Une intégration des opérateurs (de transport de voyageurs et de marchandises) qui forment actuellement une poudrière de microentreprises pour constituer des entreprises de tailles plus importantes et mieux structurées, permet d’optimiser les rotations et un usage optimal de l’offre, ce qui permet de transporter mieux à moindre consommation d’énergie.

Enfin, dans ce contexte de contrainte budgétaire, le plan d’action des autorités doit certes promouvoir les énergies renouvelables, mais aussi favoriser les modes de transport propres et économes en énergie et des transports de voyageurs et de marchandises de masse.

En bref, pour un secteur fort consommateur d’énergie une vision orientée vers les transports durables s’impose avec pour corollaire sa promotion pour le développement économique du pays. En somme, une telle vision permet de maintenir ce secteur stratégique au service du développement économique du pays et de faciliter aux populations l’accès à de nouvelles opportunités socioéconomiques.

Par Dr Merzoug Slimane

Économiste et Enseignant-Chercheur à l’Université de Bejaia

 

El Watan

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