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Campagne de reboisement : Place aux arbres du terroir

Une campagne de reboisement visant la plantation de 43 millions d’arbres est organisée pour cette année, et l’installation d’une commission intersectorielle pour ce faire a été entreprise.

Cette action vient à point nommé, surtout après les incendies de cet été [été 2019]. Cependant, il y a lieu d’observer que les campagnes de reboisement et de plantation d’arbres sont lancées régulièrement chaque année dans le cadre de la plantation d’un million d’arbres, lancée sous le slogan «Un arbre pour chaque Algérien», et concrétisée lors de certaines fêtes nationales ou de fêtes internationales.

Mais cette fois-ci, il ne s’agit pas d’un million d’arbres, mais de quarante-trois (43) millions. Or, ce qui attire dans l’organisation de cette campagne, c’est l’insistance par cette commission de «planter les types d’arbres s’adaptant avec les différents climats du pays», et également l’insistance que «chaque type de plant sera planté dans la région dans laquelle il pourra s’adapter à son climat […]».

Ma contribution consiste à mettre en évidence l’importance de l’arbre qui s’adapte à chaque région, c’est-à-dire l’arbre de terroir ; et planter ce type d’arbre c’est assurer une certaine réussite de l’opération de reboisement. Mais ce qui est visé ici, ce sont les arbres de terroir forestier (sylvestre), non l’arbre fruitier ; que cet arbre soit utilisé pour le reboisement ou arbre d’alignement à l’intérieur des agglomérations.

Il n’existe pas jusqu’à l’heure actuelle une loi dédiée spécifiquement à l’arbre en Algérie et encore moins à l’arbre de terroir. Ce qui existe par contre, ce sont des textes juridiques qui traitent de l’arbre de façon générale, à l’exemple de la loi n°84-12 du 23 juin 1984 portant régime général des forêts [Jora n°26 du 26 juin 1984, p. 684] modifiée et complétée par loi n°91-20 du 2 décembre 1991 [Jora n°62 du 04 décembre 1991, page 19] . L’article 2 de la loi n°84-12, dispose : «Le patrimoine forestier est une richesse nationale. Le respect de l’arbre est un devoir pour tous les citoyens». Néanmoins, l’arbre de terroir en Algérie peut être classé en deux catégories : les conifères et les feuillus.

1- Conifères et feuillus

D’abord les conifères

Les conifères les plus répandus en Algérie sont le cèdre, le cyprès, le sapin, le pin, l’épicéa… Mais les conifères de terroir en Algérie sont surtout le cèdre et le pin et plus en hauteur si les conditions climatiques sont favorables, le sapin de Numidie. Aussi, ces derniers gagneraient-ils à être consolidés lors de ces opérations de reboisements en Algérie ; le cèdre en hauteur et le pin à basse altitude.

Ensuite les feuillus

Les feuillus les plus répandus en Algérie sont le frêne, le peuplier, le platane, le murier, l’orme, le chêne [liège et zen,…], l’érable…

D’ailleurs, le décret exécutif n° 09-67 du 7 février 2009 relatif à la nomenclature des arbres urbains et des arbres d’alignement [Jora n° 10, du 11 février 2009, p. 9 ], cite ces derniers dans la liste des arbres à privilégier la plantation. Mais parmi les feuillus, le frêne (Dardar en arabe), et l’orme semblent les arbres de terroir les plus répandus en Algérie parce qu’ils poussent spontanément, dès que les conditions climatiques et de sol sont favorables.

2- Arbre de terroir et esthétique

Pour les villes de l’intérieur, qui culminent parfois à plus de mille (1000) mètres d’altitude, il est préférable pour des raisons climatiques et donc d’esthétique de privilégier la plantation d’arbres rustiques, c’est-à-dire les arbres de la campagne que sont les feuillus, à l’image du frêne, le charme, l’orme, le platane, le peuplier avec toutes ses catégories et notamment le peuplier blanc, le mûrier, voire le tilleul, etc.

C’est ce que préconise obligatoirement d’ailleurs la loi n° 07-06 du 13 mai 2007 relative à la gestion, à la protection et au développement des espaces verts [Jora n° 31, du 13 mai 2007, p. 6], notamment en son article 29, qui dispose : «Pour toute conception d’espaces verts, le concepteur public ou privé est tenu dans une optique d’homogénéité et d’unité de prendre en considération de nombreux facteurs, notament les espèces et variétés végétales de la région concernée.Cette obligation est contenue en outre implicitement dans le décret exécutif n° 09-101 du 10 mars 2009 portant organisation et modalités d’attribution du prix national de la ville verte (Jora n° 16, du 15 mars 2009, p. 5 ), notamment en son article 7, qui dispose : «Art. 7.  Le jury est chargé :

– de proposer les critères de sélection ;

– d’examiner les candidatures pour vérifier leur conformité aux conditions et aux critères requis. En effet, selon le jury du prix national de la Ville verte, installé en avril 2018 lors d’une cérémonie présidée par la ministre de l’Environnement et des Energies renouvelables, pour l’édition 2018, qui a été décerné le 25 octobre 2018, à l’occasion des festivités de la Journée nationale de l’Arbre, le concours du prix national de la Ville verte a reposé sur plusieurs critères, dont la qualité de l’esthétique des plantes et […] l’utilisation de plantes adaptées aux spécificités de chaque région […].

3- Autres types d’arbres : Atteinte à l’esthétique du paysage et au droit de l’environnement

Ces autres types d’arbres et qu’on rencontre beaucoup dan le nord de l’ Algérie, sont essentiellement : le palmier, l’eucalyptus et le sapin. En effet, le palmier n’est pas fait pour être planté dans le Nord, il peut être toléré dans les villes côtières (Oran, Alger, Béjaïa, Annaba,…), mais pas y être planté de façon systématique, à l’image des régions sahariennes. Par contre, sa plantation dans les Hauts-Plateaux est déconseillée pour des raisons purement climatiques.

En effet, il y a lieu de mentionner que ce type de plante, vu le climat qui règne dans cette partie du territoire national, dont l’altitude commence généralement à partir de 600 (six cents) mètres et surtout en hiver, ne lui permet pas une croissance, voire une survie certaine, en témoignent les palmiers dattiers plantés dans certaines wilayas.

Or, on peut constater, depuis quelques années, des tentatives pour généraliser sa plantation dans cette partie du territoire national ; de Tlemcen à Tébessa, en passant par Sidi Bel Abbès, Tiaret, Médéa, Bouira, Batna, Sétif, Constantine,… détrônant ainsi les arbres du terroir, qu’on appelle les feuillus, et qui sont visibles à l’œil nu dans tout le territoire de ces wilayas et des régions montagneuses, mais existant de façon éparse et non généralisée de façon volontaire et systématique. Si le fait en lui-même est positif – car toute plantation d’arbre est la bienvenue – il n’en demeure pas moins que les palmiers dattiers sont un type d’arbre qui est inadapté à l’environnement des Hauts-Plateaux d’une façon générale.

La plantation des palmiers dattiers et des autres types de palmiers est adéquate, comme c’est le cas récemment pour la ville d’Alger ; elle peut l’être également pour l’embellissement pour les autres villes côtières (Oran, Béjaïa, Jijel, Annaba, Skikda,…), voire quelques plantations peuvent être tolérées dans les Hauts-Plateaux pour embellir. Autres arbres à éviter la plantation pour des raisons d’esthétique dans les Hauts-Plateaux d’une façon générale : le sapin et l’eucalyptus.

Le sapin (et non le pin) parce qu’il a besoin de beaucoup de neige, et ce manque pousse sa couleur à virer vers le noir. Peut-être faut-il encourager la plantation du cèdre à partir de 1200 mètres d’altitude, et donc pourquoi pas des cédraies partout dans les montagnes.

C’est le cas, par exemple, d’une expérience pour introduire le cèdre, entreprise sur les versants marins du mont de Sidi Driss (situé à 1363 mètres d’altitude ), dans la commune de Beni Oulbène (Zargua), au sud de Skikda par les associations Alto des sports aériens et l’association Ecologica pour la protection de l’environnement de Skikda. Quant à l’eucalyptus, qui est originaire d’Australie, parce que ses feuilles sont pendantes toute l’année, n’apporte pas une valeur esthétique à l’environnement notamment en automne, en hivers et au printemps ; en plus de sa faible résistance au froid.

4- Les région témoins

Beaucoup de régions en Algérie peuvent être prises comme témoins de l’épanouissement de l’arbre de terroir et donc servir d’exemple pour sa généralisation systématique. Pour s’imprégner de cette réalité de visu, les exemples sont nombreux : on peut citer la commune de Seraïdi ; Sétif [du côté d’Oued Bousselam] ; les villes de Miliana ou Tlemcen, la région de Machrouha [du côté de Souk Ahras].

En effet, beaucoup de ces espèces rustiques y vivent et se développent. D’ailleurs, le citoyen constate récemment et avec satisfaction la plantation de ce type d’arbre un peu partout dans les quartiers des villes, des villages et dans les campagnes ; comme c’est le cas récemment pour la wilaya de Saïda pour la plantation des pins, Mila (Chelghoum Laïd) pour la plantation des peupliers également à Mila et Constantine pou le frêne et à l’entrée est de la wilaya d’Alger pour ce qui est du platane et du charme, sans oublier également le cas Chlef pour la plantation des mûriers à l’entrée et sortie de la ville.

Des exemples à encourager, qui en les généralisant aboutiront à créer un paysage automnal, hivernal et printanier. Mais, il faut espérer que la plantation de ce type d’arbres soit plus systématique pour donner plus d’esthétique au paysage, c’est-à-dire le mettre en valeur pendant l’automne, l’hiver et le printemps à travers la différence dans les couleurs de ses feuilles et la perte de ses dernières.

A titre d’exemple, les féviers, les frênes en ces mois d’octobre et novembre exhiberont les mêmes feuilles jaunes, signe de la saison automnale. Les feuillus ont plus d’esthétique et respectent la loi de la nature des quatre saisons.

Et ces arbres rustiques, parce qu’ils mettent beaucoup de temps à grandir, jouent un grand rôle contre le glissement de terrain, l’érosion du sol… C’est-à-dire pour la protection de la nature, l’environnement et le développement durable et préservent la santé du citoyen, car ils donnent beaucoup d’ombre en été.

C’est pourquoi, avant de clore, nous lançons un appel d’abord aux structures chargées des forêts et aux citoyens lors des opérations de plantation d’arbres (Journées nationales, journées mondiales, opération de volontariat, campagne de reboisement,…), à privilégier la plantation des arbres de terroir pour donner à nos campagnes, montagnes, villages et villes plus d’esthétique et par la même respecter la loi de la nature des quatre saisons ; ensuite aux autorités pour la mise en place d’une loi dédiée spécialement à l’arbre.

El Watan

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