Tipasa : Chercheurs et agriculteurs se concertent sur l’intégration des énergies renouvelables dans l’agriculture

Jeudi 3 janvier 2019

Les chercheurs et agriculteurs ont réussi à briser le mur qui les séparait en se retrouvant autour d’une rencontre à l’Unité de développement des équipements solaires (UDES) de Bou-Ismaïl, pour discuter de l’opportunité d’intégrer les énergies renouvelables dans l’agriculture.

De l’avis de tous, cette rencontre a été très utile en ce sens que les chercheurs ont pu faire part de leur savoir-faire en matière de développement et d’application des énergies renouvelables au secteur de l’agriculture et aux agriculteurs de s’informer et de s’imprégner des avantages des ENR en matière d’économie de l’énergie, qui reste un souci des pouvoirs publics dans une perspective de développement durable. Ce sera d’ailleurs le propos de Cherbal Abdelkader, inspecteur général auprès du ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, qui, dans son intervention à l’ouverture des travaux, a parlé de l’impératif d’intégrer la recherche scientifique dans le secteur agricole, relevant que la priorité a été accordée par le gouvernement à ces deux secteurs clés que sont les énergies renouvelables et l’agriculture.

Durant la journée de travaux, organisée par l’UDES du Centre de développement des énergies renouvelables (CDER) conjointement avec la Chambre d’agriculture de la wilaya de Tipasa, tout a été dit ou presque sur l’intérêt pour les agriculteurs à se tourner vers l’utilisation des énergies renouvelables que sont le solaire, les bio gaz et l’éolien entre autres. Les bienfaits de l’utilisation des énergies renouvelables que sont l’économie d’énergie, la réduction de la facture d’électricité et de gaz pour les utilisateurs, dans les techniques de séchage des fruits, d’utilisation dans les serres, les batteries d’élevage de poulets, les pompes hydrauliques, les applications relatives à l’eau (pompage, traitement ou désalinisation de l’eau de mer), le tout dans la perspective de développement durable et de protection de l’environnement, ont été développées par les chercheurs de l’UDES.

Les ENR constituent une nouvelle filière pour le monde agricole puisqu’elles présentent une opportunité économique en tant qu’activité en développement qu’il faut nécessairement organiser et accompagner. Ce qui a été expliqué dans les communications portant sur l’utilisation du photovoltaïque, avec les applications solaires pour le séchage des produits agricoles, la réutilisation des eaux usées épurées, la production et la valorisation du bio gaz dans les exploitations agricoles, la géothermie sans oublier les conseils techniques, administratifs et financiers, ainsi que celle d’un accompagnement au montage de projets avec comme objectif d’accélérer la diffusion des ENR et de permettre à l’agriculture d’être un véritable acteur de la transition.

L’autre point a trait au développement de la production d’énergies renouvelables à travers la méthanisation à la ferme qui permet de produire une énergie « verte » à partir des effluents d’élevage, des déchets végétaux, des fientes de poulets et déchets ménagers en assurant le retour au sol des matières fertilisantes contenues dans les produits entrants, tout en apportant un complément de revenu aux exploitations agricoles.

L’élaboration d’un projet de méthanisation demande une étude précise et suivie, a-t-on précisé lors de la communication.

Le directeur de l’UDES, Belkacem Bouzidi, et Hamid Bernaoui secrétaire général de la CAW, ont noté à la fin des travaux que ce genre de rencontres devrait être élargi à d’autres wilayas. Les fellahs, éleveurs et producteurs de lait présents à la rencontre ont exprimé le vœu de bénéficier d’un mécanisme de financement direct de l’Etat sous forme de subventions et solliciter ensuite un crédit sans intérêt auprès des banques, afin de pouvoir opter définitivement pour l’énergie solaire au niveau de leurs exploitations agricoles et leurs étables. Le délestage de l’énergie électrique, ont-ils témoigné, occasionne des pertes énormes en plus des factures salées reçues chaque mois. Les participants à la rencontre ont mis l’accent sur l’impératif de passer à la pratique en proposant des modèles de projets concrets dans ce domaine, faire un diagnostic de leurs problèmes sur le terrain, avant de leur proposer des solutions pratiques et intelligentes basées sur une technologie propre et à moindre coût.

Des solutions doivent être particulièrement adaptées à la wilaya de Tipasa, ont indiqué d’emblée les organisateurs du fait que la wilaya de Tipasa a été sélectionnée comme wilaya pilote pour le lancement de projets en économie verte et il est temps de mériter cette appellation. « 400 pompes solaires installées dans des wilayas des Hauts-Plateaux et du Sud »

Lors de son intervention à l’ouverture des travaux, le directeur du CDER a indiqué que depuis l’année 2015, « près de 400 pompes solaires ont été installées pour l’irrigation de périmètres agricoles dans des wilayas des Hauts-Plateaux et du Sud.

Ce projet, piloté par le CDER, dont la dernière installation du genre a eu lieu en décembre dans la commune de Reggane, dans la wilaya d’Adrar, s’inscrit dans le cadre du programme d’irrigation des terres agricoles et la promotion de l’agriculture dans les régions du sud du pays. Ces pompes, fonctionnant totalement à l’énergie solaire, assurent l’alimentation en eau pour l’irrigation de périmètres agricoles à partir des forages avec une profondeur pouvant aller jusqu’à 70 mètres et un débit de 180 m3/jour pour chaque pompe, a précisé Nouredine Yassa.

Ces pompes sont alimentées en électricité par le biais de mini-centrales dotées d’une puissance moyenne 13 kilowatt (KW) et composées d’une trentaine de panneaux photovoltaïques.

Ces unités de pompage d’eau ont été réalisées par les chercheurs des unités du CDER et affectées par les services du ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche. Elles sont très utiles dans le Grand-Sud du fait que ces régions sont vastes, enclavées et difficiles à raccorder au réseau électrique d’où l’utilité de recourir à l’énergie solaire photovoltaïque. Les opérations d’installation d’équipements de pompage d’eau s’inscrivent dans le cadre de la contribution du CDER aux efforts des services du ministère de l’Agriculture en vue d’augmenter la superficie de périmètres agricoles irrigués, et ce, à travers la multiplication de l’utilisation d’énergie solaire dans le développement de la petite et moyenne hydrauliques pour les régions du Sud.

Pour la période 2015-2019, l’Etat s’est fixé pour objectif de porter à 2,5 millions ha la superficie nationale des périmètres irrigués qui est actuellement de 1,2 million ha dont 6 000 ha pour la wilaya de Tipasa. Ainsi, selon les conclusions de la rencontre, l’introduction des énergies renouvelables, notamment le solaire photovoltaïque, dans l’irrigation et l’alimentation en énergie électrique des régions agricoles et rurales devrait permettre d’économiser d’importantes quantités de gaz naturel et de mazout utilisés actuellement.

Dans cette optique, le CDER a, aussi, poursuivi son programme d’installation de 3 000 kits solaires au profit des populations nomades pour l’électrification et le pompage d’eau dans les Hauts-Plateaux et le Sud. Par ailleurs, l’année 2015 s’est soldée par la mise en service de 14 centrales électriques photovoltaïques d’une capacité de 268 mégawatts (MW) dans les Hauts-Plateaux et le Sud du pays pour un coût total de quelque 70 millions de dinars.

Plusieurs recommandations A l’issue de la rencontre sur les applications des énergies renouvelables dans l’agriculture, organisée par l’UDES/CDER et la Chambre d’agriculture de la wilaya de Tipaza, en présence de représentants de la direction générale de la recherche scientifique et du développement technologique de l’inspection générale du ministère de l’agriculture, du Développement rural et de la Pêche, de la Chambre nationale d’agriculture, de la Chambre d’agriculture de la wilaya de Chlef, des professionnels de l’agriculture, des chercheurs du CDER, de l’INRA, de l’Ecole nationale supérieure de l’agriculture, et de l’Université de Biskra, les recommandations suivantes ont été formulées :
- Intégrer les investissements dans les énergies renouvelables dans la nomenclature du soutien agricole ;
- Encourager ce type d’investissements par des mécanismes de subventions au profit des agriculteurs ;
- Encourager l’investissement dans les énergies renouvelables par des crédits bancaires à long terme ;
- Encourager les crédits bancaires sans taux d’intérêt ;
- Renforcer le volet formation des agriculteurs sur les techniques de séchage solaire des produits agricoles ;
- Etablir des fiches et des études technico-économiques sur les projets pilotes ;
- Renforcer les liens entre l’ensemble des acteurs concernés par le développement et la promotion des énergies renouvelables dans le secteur de l’agriculture ;
- Créer des exploitations de référence pour servir comme des fermes de formation, de vulgarisation et de sensibilisation des professionnels ;
- Identification de quelques exploitations pilotes touchant des branches d’activités différentes (élevage bovin, élevage avicole, chambre froide, la production végétale…) ;
- Renforcer les actions de proximité auprès des agriculteurs et investisseurs agricoles ;
- Intégrer les énergies renouvelables dans la pisciculture ;
- Généralisation de ce type de rencontres sur le territoire national (mise en place d’un réseau national).

Deux projets pilotes utilisent l’énergie solaire depuis 2006 à Tipasa Le secrétaire général de la Chambre d’agriculture Hamid Bernaoui a tenu à préciser que la principale problématique posée pour le secteur est d’assurer une énergie continue et de développer des équipements pour le séchage et la conservation du surplus de production à moindre coût.

En tant que wilaya pilote de l’économie verte, Tipasa compte deux projets agricoles, en aviculture et élevage bovin, exploitant les énergies alternatives depuis 2016, a fait savoir le secrétaire général de la CAW, plaidant pour la proposition de modèles d’équipements énergétiques susceptibles d’accompagner la mise en œuvre du programme de la wilaya qui vise le relèvement de sa superficie agricoles utile (SAU) de 61 825 ha à prés de 68 000 ha, à l’horizon 2022.

Une superficie de 24 128 ha de cette SAU est irriguée, comptant 712 puits artésiens et 2 314 puits traditionnels, a-t-il dit, avant de souligner le besoin de la wilaya pour une énergie continue afin d’inciter les agriculteurs à exploiter les énergies alternatives.

Pour ce faire, deux témoignages ont été programmés lors de la rencontre, celui de Miloud Fridi qui a une exploitation d’élevage bovins, et de Ghezli Mohamed éleveur avicole, qui ont utilisé le solaire dans leurs exploitations respectives.

Il faut rappeler que c’est en février 2016 que les représentants d’une start-up spécialisée dans l’installation des panneaux solaires ont exposé leur matériel lors de la 13e édition de la Fête des agrumes de la wilaya, ce qui a abouti aux deux expériences lancées chez les éleveurs de bovins et de poulets. Pour les responsables de la start-up, leur présence à la Chambre leur a permis de vulgariser, sensibiliser et informer les fellahs sur les bienfaits de l’énergie solaire à travers le moteur principal qu’est la Chambre qui a accompagné les fellahs de la wilaya dans cette expérience.

Les différents contacts avec les éleveurs et les agriculteurs ont eu le mérite de convaincre les fellahs que l’énergie solaire est l’une des solutions à moyen et long termes car elle leur permet de résoudre définitivement le problème de l’énergie avec des économies et des coûts conséquents.

En plus de l’économie d’argent, les fellahs qui optent pour le solaire, seront à l’abri des coupures de courant intempestives qui occasionnent des dégâts énormes selon eux. Un panneau solaire et son équipement fonctionnent durant 30 années tout en étant autonome dans son fonctionnement avec un investissement de 400 000 DA pour installer des panneaux solaires d’une capacité de 5 KWA.

L’éleveur de bovins Miloud Fridi de Khemisti a bénéficié de ce nouvel équipement qui lui permet de faire marcher les deux machines à traire et les deux cuves refroidissantes. Il se réjouit de ce choix qui a beaucoup réduit sa facture d’électricité et surtout n’a plus de rupture dans sa chaîne à cause des coupures intempestives du courant. L’énergie solaire, notamment dans les poulaillers et les centres de collecte du lait permettra d’économiser 40% de la facture électrique selon les animateurs de la journée. Djilali Brahim, un chercheur de l’université de M’sila, honoré pour son prix Eco Award Les organisateurs de la rencontre ont tenu à honorer ce récipiendaire d’un prix Eco Award de l’Académie russe des sciences naturelles en 2018 sur les bios carburants, un travail important pour la protection de l’environnement et qui entre dans la stratégie et le développement de l’économie nationale. Sur 125 participants à ce concours de l’Académie russe, le jeune chercheur algérien de l’université Mohamed-Boudiaf de Msila, recruté depuis quelques mois au CDER, a occupé la 3e place pour son travail de recherche en master de fin d’étude en 2016 sur le carburant renouvelable. L’intitulé du projet est « développement des carburants renouvelables utilisables dans le transport », c’est-à-dire que pour Djilali Brahim sa recherche visait à trouver des solutions pour remplacer les énergies conventionnelles. Pour obtenir le brevet, explique-t-il à « Reporters », il a participé à ce concours international en 2017 puis en 2018 où il a obtenu la 3e place.

Son objectif est de développer des solutions pour le futur car le carburant conventionnel est polluant et son prix est instable en raison du cours du pétrole qui monte et descend alors qu’avec le carburant renouvelable on n’aura plus ce problème.

Il poursuit que des prototypes ont été réalisés et utilisés et continue le travail d’optimisation. Concrètement, dit-il, il a travaillé sur deux projets, le premier concerne le remplacement de l’essence par le bio éthanol à partir des déchets et une autre ressource qui va remplacer le diesel conventionnel à partir des huiles usagées et d’autres déchets. Actuellement, il planche sur le plastique et pour lui ce sont des recherches prometteuses pour l’Etat et la recherche. Un autre projet auquel il tient beaucoup concerne le bitume renouvelable, mais le jeune chercheur ne veut pas trop en parler préférant garder le secret jusqu’à sa concrétisation.

Reporters

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