Boukhalfa Yaïci, expert dans les énergies renouvelables, ancien chercheur au CDER : « Le taux d’avancement du programme des EnR est très faible »

Dimanche 2 septembre 2018

La nouvelle mouture de 2015 du Programme national de développement des énergies renouvelables a revu à la hausse les capacités de production à partir de sources renouvelables en les portant à 22.000 MW au lieu de 12.000 MW dans le précédent programme de 2011. Le solaire, le photovoltaïque et l’éolien en sont les filières privilégiées.

Le programme en question prévoit que 37% de la capacité installée et 27% de la production d’électricité seront d’origine renouvelable d’ici 2030. Un programme ambitieux, essentiellement orienté vers les besoins du marché national, qui permettra de produire, d’ici à 2030, près du tiers des besoins du pays en électricité à partir de sources renouvelables, dont plus de 4.500 MW seront réalisés d’ici 2020. Mais en pratique, où est-on par rapport à la mise en œuvre depuis le lancement de ce programme ? M. Boukhalfa Yaïci, expert dans les énergies renouvelables, ancien chercheur au Centre de Développement des Energies Renouvelables (CDER), président du cluster solaire, rappelle qu’en 2011, « le président avait annoncé la mise en place d’un programme EnR de 22.000 mégawatts devant être réalisé jusqu’en 2030. Ce programme sera révisé en 2015, tout en restant dans la même taille puisque dans la première version il y avait une partie qui était destinée à l’exportation, alors que dans le seconde version tout était destiné à l’utilisation locale ». Intervenant lors de l’émission « Challenges », diffusée vendredi dernier par « El Bilad TV », l’expert indiquera qu’en matière de réalisation, « le taux d’avancement est très faible, soit (- 1%), puisqu’on comptabilise pratiquement moins de 400 mégawatts installés jusqu’à ce jour ». Une performance qui, selon lui, « est due au fait qu’en Algérie, on est plus habitués à travailler avec le gaz, la majeure partie de notre production d’électricité provenant du gaz naturel ». Donc, « le passage de l’énergie conventionnelle, autrement dit fossile, vers les EnR se heurte aussi au fait que les décideurs restent très portés sur les ressources fossiles ». Toutefois, « depuis deux ou trois ans, on sent un changement au niveau du groupe Sonelgaz puisqu’ils ont réalisé un certain nombre de centrales et sont capables aujourd’hui de maîtriser les coûts de production d’énergie solaire ». A ce propos, M. Boukhalfa Yaïci relève cet « avantage à produire à partir des énergies renouvelables et particulièrement le solaire ». Dans le même ordre d’idées, « il faut peut-être aussi prendre les bonnes décisions dans ce domaine-là ». En clair, « aujourd’hui, on sait que le coût de production de l’électricité est autour de 11 à 13 dinars le kilowatt/h et que le citoyen paie 1,70 dinars comme équivalent », ce qui induit « un manque à gagner important pour Sonelgaz ». Le différentiel est bien évidemment pris en charge par les subventions de l’Etat, et qui se chiffrent autour de 15 milliards de dollars par an, fera- t-il remarquer. Dans la lancée, l’expert insiste sur le fait que « nous sommes un pays qui va avoir des problèmes avec ses ressources énergétiques dans les années à venir », car « on a une consommation très importante » en énergie. En fait, « la population croît d’une manière importante, la consommation aussi, soit 6 à 7% de croissance annuelle, cette moyenne étant de 3 % à l’échelle mondiale, ce qui appelle à doubler les capacités de production chaque 6 ou 7 ans ». Mais on n’aura pas « ces possibilités économiques dans les prochaines années », avertit M. Boukhalfa Yaïci. Par conséquent, il va falloir aller vers « un système dans lequel il faut réduire graduellement les subventions, mais aussi aider les citoyens à opter pour l’isolation thermique de leur habitation ». Pour ce faire, « la CNL pourrait être sollicitée dans ce cadre-là à travers l’octroi d’aides aux citoyens intéressés pour pouvoir faire les aménagements nécessaires ». L’exemple du Sud « où les factures d’électricité sont exorbitantes, en période d’été, du fait qu’on utilise plusieurs climatiseurs » est édifiant. « C’est tout à fait normal si vous construisez avec des normes qui ne sont pas celles qu’on forme à l’efficacité énergétique », soutient-il. Selon lui, « si on décidait d’aller dans ce choix —qui devient de plus en plus nécessaire— d’augmentation des tarifs de l’électricité, cela doit s’accompagner d’une aide pour pouvoir réduire d’une manière importante la consommation ».

L’innovation se fait avec les centres de recherche

« On a un programme des EnR, un programme d’efficacité énergétique, mais dans la pratique, on se heurte à sa mise en œuvre, ce qui fait que les choses n’avancent pas ». C’est le constat établi par l’expert. Et de rappeler que « ces objectifs font partie des propositions faites à Paris par l’Algérie ». Par conséquent, souligne-t-il, « dès 2020, nous serons tenus de nous astreindre à respecter ces engagements dont le pilier c’est les renouvelables, soit 27% de production d’EnR d’ici 2030 ainsi que l’efficacité énergétique ». Suivant cette même logique, il indique que « Sonatrach est sous pression, car on lui demande de pomper et de vendre plus de pétrole et de gaz ». Néanmoins, « le risque qu’on va avoir, c’est que si on continue sur cette voie, on ira petit à petit vers les hydrocarbures non conventionnels, ce qui supposera « une autre couche de problème qui va retarder encore pus la mise en œuvre du solaire ». Par conséquent, « il faut absolument que la pression exercée sur Sonatrach baisse, il ne faut pas que ce soit Sonatrach qui irrigue l’économie nationale ». Déduction, « les autres acteurs majeurs devront prendre les choses sérieusement en main. On voit souvent que beaucoup d’entreprises qui sont florissantes à l’échelle nationale mais qui traînent les pieds pour aller vers l’international », au moment où « on est en train de demander d’aller chercher la devise et non de consommer ce que ramène Sonatrach ». En fait, « il nous manque un maillon, c’est la relation qui doit exister entre l’industrie et la recherche ». Quand on prend l’exemple du solaire, « le fait qu’il n’existe pas un marché porteur ne pousse pas les chercheurs à innover et l’innovation se fait avec les centres de recherche », déplore-t-il. Cependant, « des initiatives comme celles prises par le ministère de l’Intérieur vont dans le bon sens puisqu’ils ont décidé d’opter pour le solaire à la place du conventionnel, sur la base d’une étude ayant déterminé que le gros de leur consommation d’énergie provient justement du conventionnel. « La recherche va créer par conséquent une dynamique au sein de l’industrie et de la réalisation ». Dans cette optique, « au niveau local, il faut que le marché fonctionne pour que les acteurs industriels puissent jouer leur rôle et pour attirer de nouveaux investisseurs ». Pour cause, dira-t-il, « aujourd’hui, nous avons des entreprises qui ont investi majoritairement dans le panneau solaire, mais nous aimerions qu’il y ait des investisseurs dans le domaine du modulateur et de la batterie ». En définitive, « ce qu’on voudrait, c’est produire de l’électricité à des coûts compétitifs par rapport à ceux qui pourraient être produits par les réseaux ». A ce moment-là, « les quantités de gaz qui sont consacrées à la production de l’électricité pourraient être exportées et permettraient au pays d’engranger des devises ». La finalité est qu’il faut qu’on arrive à diminuer l’apport des hydrocarbures dans le financement de l’économie nationale.

D. Akila

EL MOUDJAHID

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