Méditerranée : Enjeux énergétiques et géopolitiques

Dimanche 22 juillet 2018

Quels sont les enjeux sécuritaires, géopolitiques et économiques liés à la question de l’énergie dans le bassin méditerranéen ? Quelle place pour les énergies renouvelables dans les stratégies de relance économique sur les deux rives ? Telles sont, parmi d’autres, les problématiques soulevées, jeudi, lors d’une conférence-débat organisée par l’Institut national d’études de stratégie globale (INESG) sur le thème « Les enjeux énergétiques dans le bassin méditerranéen ».

Le directeur de recherche à l’IRIS, Francis Perrin, qui était l’invité de l’Institut, a eu à intervenir sur cette question. Celui-ci considère que l’Algérie « dispose de plusieurs atouts, d’abord en terme de réserves naturelles (énergies solaire, éolienne, gaz) qui devront être exploitées, notamment pour le marché interne. L’Algérie occupe le 3e rang par rapport à l’énergie naturellement renouvelable hors hydrocarbures, à travers les énormes ressources provenant de ses sous-sols qui regorgent d’énergies fossiles, et d’un excellent potentiel dans le domaine des énergies solaires et hydraulique ».

L’expert estime que l’Algérie doit utiliser à bon escient ses réserves et éviter « à ce que la consommation intérieure, notamment électrique, en croissance permanente, ne tarisse pas les capacités d’exportation de gaz ».

M. Perrin a évoqué, dans le même contexte, les infrastructures qui « sont sous-exploitées », pour arriver enfin à la « connaissance des marchés européens notamment, à travers les différents projets et investissements de la compagnie nationale Sonatrach ».

Aussi, ces différents avantages qu’a l’Algérie constituent, dira-t-il, « des atouts extrêmement solides dans l’intérêt de l’Algérie et de l’Union européenne ». Pourquoi l’Union européenne ? Tout simplement parce que l’Europe cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement pour échapper à la dépendance énergétique de son partenaire russe, car « Gazprom est passé maître dans la maîtrise des règles de jeux », avance M. Perrin.

Par ailleurs, l’expert français est revenu dans son intervention sur « l’union de l’énergie », le programme adopté par la Commission européenne en février 2015. Un projet qui vise, entre autres, la diversification des sources d’approvisionnement pour garantir la sécurité énergétique « grâce à la solidarité et à la coopération entre les États membres ».

L’Algérie doit, par l’avantage de sa position géographique, développer « son potentiel d’attractivité »

Selon l’analyse avancée par cet expert, l’Algérie, qui est l’un des fournisseurs de l’Europe en matière d’énergie, doit, par l’avantage de sa position géographique, développer « son potentiel d’attractivité », et du côté de la rive nord, « l’Union européenne devrait développer la coopération pour trouver d’autres fournisseurs, dont l’Algérie, en matière de gaz ».

De ce fait, la « coopération énergétique » entre l’Algérie et l’Union européenne, permet, selon l’analyse de M. Perrin, de « limiter l’influence qu’exerce la Russie sur le marché de l’Europe ». Mais toutes ces idées sur les questions énergétiques sont « tributaires des choix politiques », lesquels choix sont conditionnés par les bouleversements géostratégiques de la région (guerre en Libye, Syrie, situation en Palestine, et les éventuelles sanctions à l’encontre de l’Iran. Lesquels bouleversements sont irréversibles tant dans le domaine politique qu’économique.

Francis Perrin, qui précisera que les questions géopolitiques sont intimement liées à toute réflexion sur « les enjeux énergétiques dans le bassin méditerranéen », ne manquera pas d’insister sur l’impossibilité de « déconnecter le bassin méditerranéen » par rapport à ce qu’il a qualifié d’enjeux stratégiques faisant partie de « la globalité énergétique ».

A propos de « la globalité énergétique », et dans l’esprit de l’expert français, celle-ci a trait d’abord au retour de ce « géant énergétique outre-Atlantique », en l’occurrence les Etats-Unis, qui sont en passe d’occuper « une position dominante en matière de gaz naturel liquéfié (GNL) ». L’expert indique que, par la suite, « est venue la découverte, à partir de 2009, de ressources pétrolières et gazières en off shore profond, dans la Méditerranée orientale, une région qui connaît de fortes tensions politiques, liées à l’inquiétante situation en Syrie, la dégradation que connaît la Palestine occupée, les tensions entre la Turquie et la Grèce, et plus proche de l’Algérie, la discorde des Libyens aggravant la situation de ce pays depuis la chute du régime Kadhafi, et du chaos qui affecte le secteur énergétique libyen ».

Selon Perrin, « il est impossible de gérer normalement un secteur pétrolier et gazier, en présence de deux Parlements libyens et de deux compagnies nationales des hydrocarbures, alors que la tension, omniprésente, des groupes armés dans ce pays vient compliquer davantage la situation ». La conférence modérée par M. Liess Lekra, le directeur de l’INESG, a été l’occasion pour les participants de ponctuer le débat par d’autres questions liées au développement économique et aux questions de géopolitique les plus actuelles.

Tahar Kaidi. El Moudjahid.

Partager l'article:


Méditerranée : Enjeux énergétiques et géopolitiques

Les articles les plus récents dans News

Les articles les plus populaires