L’enjeu des énergies renouvelables, de la recherche et du développement technologique

Jeudi 8 mars 2018

Ce qui était d’abord une rencontre commémorative du 47e anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures, regroupant 28 clubs scientifiques universitaires venus des quatre coins du pays et deux clubs étrangers, l’un tunisien et l’autre hollandais, s’est vite focalisé sur les sujets brûlants d’actualité, à leur tête le mix énergétique et l’implication de la recherche scientifique dans le développement économique du pays.

Par cette action, le Petroleum Club Ouargla (PCO), affilié à la faculté des hydrocarbures, des énergies renouvelables et des sciences de la terre et de l’univers de l’université Kasdi Merbah, consolide sa démarche d’appropriation de cette date qu’il saisit chaque année pour réunir la crème des clubs estudiantins actifs et désireux de constituer un réseau d’innovation et d’échanges.

Et ce fut le cas lors d’une grande exposition très variée et enrichissante, mais aussi et surtout lors des conférences de vulgarisation dont la plus captivante fut sans nul doute celle du Dr Rabah Kechiched, maître de conférences et chercheur à l’université de Kasdi Merbah de Ouargla, passionné par les phosphates algériens et plus particulièrement les éléments de terres rares dont l’Algérie possède des richesses inouïes et inexploitées, selon ce chercheur.

Le Dr Kechiched estime que la nouvelle génération de chercheurs algériens est à même d’orienter ses travaux vers la consolidation des connaissances en la matière afin de donner des outils de décision et d’orientation dans le cadre d’une économie diversifiée et non tributaire des hydrocarbures. C’est une manière, selon lui, d’assurer la sécurité énergétique du pays à moyen et long termes mais aussi consolider sa position sur le marché international en exploitant des gisements identifiés, s’élevant à 100 gites et gisements, plus de 50 districts miniers et plus de 3500 occurrences minéralisées.

Pour ce chercheur, l’Algérie n’a pas encore pris toute la mesure de ses ressources minières hors hydrocarbures, qui comptent notamment des métaux précieux, des pierres précieuses et semi-précieuses, des métaux de base, ferreux et non ferreux mais aussi tout un panel d’éléments du groupe de platine, de métaux rares et évidemment les terres rares.

Les statistiques de la direction générale des mines pour l’année 2015 font état de ressources quantifiées de l’ordre de 2 milliards de tonnes de phosphates, 3 milliards de tonnes de minerai de fer, plus de 1 milliard de tonnes de sel, plus de 100 Mln tonnes Pb/Zn, plus de 100 tonnes d’or, 24 Mln tonnes WO3/Sn, 1,4 Mln tonnes de manganèse, 6,3 Mln tonnes de célestine (Sr), 22 Mln tonnes de barytine et 7 Mln tonnes de feldspath.

C’est dans ce sens que Rabah Kechiched focalise ses travaux de recherche sur les phosphates de Djebel Onk, près de Tébessa, estimés à 2 milliards de tonnes selon les investigations géologiques. Les recherches ont permis de conclure à une richesse exceptionnelle des gisements phosphatés de Kef Essennoun en particulier en terres rares, qui sont des matériaux extrêmement stratégique dont la Chine contrôle actuellement 95% de la production dans le monde et qui serait intéressée par le marché algérien.

Le chercheur estime qu’au-delà des utilisations traditionnelles de la roche phosphatée pour la fertilisation des sols et la production de compléments alimentaires pour animaux et pour des besoins industriels, l’étude qu’il a menée sur les particules phosphatées de la région de Tébessa, avec cinq autres chercheurs du laboratoire des réservoirs souterrains pétroliers, gaziers et aquifères de l’université Kasdi Merbah, du département de géologie de l’université Badji Mokhtar de Annaba et le laboratoire de géosciences de l’université de Montpellier, a permis de mettre au jour une abondance en éléments de terres rares lourdes, qui sont moins abondantes à travers le monde que celles légères et qui se concentrent surtout dans le bassin nord de Kef Essennoun.

Les terres rares ont un avenir prometteur dans le domaine de la haute technologie puisqu’elles sont utilisées dans toutes les applications liées au raffinage du pétrole, des éoliennes, des batteries rechargeables et même la fabrication du verre et de la céramique. Mais c’est surtout le boom des tablettes et autres smartphones, écrans télé et ordinateurs qui font de ces éléments minéraux un gisement de ressources pour l’Algérie si elle arrive à mettre en place des partenariats gagnant-gagnant pour les exploiter, tout en assurant un respect draconien à l’environnement.

Outre les terres rares, le Dr Kechiched a aiguisé la curiosité des étudiants par un exposé sur les indices de diamant en Algérie, en soulignant les principaux résultats et perspectives d’exploration du diamant dans notre pays avec quelque 1573 grains de diamant découverts à ce jour, avec une concentration tout à fait remarquée dans la zone de Djebel Aberraz, dans la wilaya d’Adrar, avec 1485 pièces, mais la grande passion de ce chercheur qui a su transmettre le message aux futurs développeurs présents à cette rencontre est incontestablement le soleil dont l’Algérie détient un potentiel dépassant les 5 milliards de GWh.

« La durée d’insolation sur la quasi totalité du territoire national dépasse les 2000 heures annuellement et peut atteindre les 3900 heures sur les Hauts-Plateaux et dans le Sahara », estime-t-il. Ainsi, l’énergie reçue quotidiennement sur une surface horizontale de 1 m2 serait de l’ordre de 5 kWh/j sur la majeure partie du territoire national, soit près de 1700 kWh/m2/an au Nord et 2263 kWh/m2/an au sud du pays. Un immense potentiel renouvelable à l’envi et qui reste faiblement exploité.

Ce plaidoyer pour un mix énergétique n’a pas omis de mettre en exergue le potentiel en énergie géothermique du pays grâce aux calcaires jurassiques du Nord algérien avec plus de 200 sources thermales aux températures souvent supérieures à 40°C, dont la plus chaude est celle de Hammam Debagh avec 96°C, sans oublier la nappe albienne du Sud qui constitue un vaste réservoir géothermique avec une température moyenne de 57°C.

Le Dr Kechiched estime que l’exploitation rationnelle des ressources en hydrocarbures pour les futures générations et le développement des techniques de stimulation des réservoirs doivent être accompagnés par une politique plus franche en matière d’utilisation des énergies renouvelables et une amélioration de leur ration de participation dans le bilan énergétique national, le mix énergétique étant la meilleure façon de gérer les ressources énergétiques grâce à l’innovation scientifique comme clef de la prospérité économique.

Houria Alioua. El Watan.

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