Le Gaz Naturel : Un rôle de plus en plus important dans les politiques énergétiques mondiales

Lundi 3 août 2015

Le 26e Congrès mondial du gaz, qui s’est tenu à Paris du 1er au 5 juin 2015, a permis de mettre en évidence des mutations importantes qui vont probablement entraîner, dans les années à venir, de profondes modifications de la carte énergétique mondiale.

Les principales tendances sont les suivantes :
- l’énergie est à la base du développement économique et du progrès, et d’ici 2040, il y aura 2 milliards de consommateurs supplémentaires, ce qui signifiera une demande énergétique supplémentaire de 35% par rapport à 2010, soit l’équivalent de la demande énergétique globale de la Russie, l’Inde, l’Afrique, l’Amérique latine, le Moyen-Orient et la région Caspienne ;
- la demande de gaz naturel croîtra, quant à elle, de 65% en 2040 par rapport à 2010, et dès 2025 ou au plus tard 2030, elle dépassera le charbon à la deuxième place derrière le pétrole ;
- la moitié du gaz supplémentaire proviendra du Moyen-Orient et de la Russie ;
- la production de gaz conventionnel demeurera majoritaire à cet horizon, mais les progrès technologiques et l’innovation accroîtront la part du gaz non conventionnel de 300% ;
- les énergies renouvelables étaient sous-estimées, mais il faut revoir cette position et tenir compte des progrès technologiques qui vont les rendre de plus en plus compétitives ;
- nous assistons par conséquent à une période de transition énergétique qui est une réalité en train de faire son chemin et dont l’objectif est de bâtir un avenir durable en diminuant les émissions de gaz à effet de serre ;
- le gaz naturel peut compenser les autres ressources dans presque tous les usages, avec les énergies renouvelables qui ne constituent pas une menace pour l’industrie gazière, mais plutôt une partie de la solution et de « bons partenaires » ;
- les avantages du gaz naturel ne sont cependant pas toujours reconnus, aussi les acteurs gaziers doivent jouer un rôle à travers les réseaux sociaux en s’assurant que le message soit écouté et surtout compris, qu’il n’y a pas de solution parfaite, ni de choix unique. Alors d’où viendra ce gaz ? A quel prix ? Et quels sont les facteurs importants qui vont entraîner ces mutations, et avec quelles conséquences sur les stratégies des acteurs gaziers et les économies mondiales ? Les réponses à ces questions ou plutôt ces préoccupations sont, certes, essentielles pour appuyer la formidable promotion faite au gaz naturel et à sa consommation, mais il ne faut pas perdre de vue une autre tendance qui laisse prévoir, en face d’une abandonce de réserves, un possible recul de la consommation.

Il sera du à de nombreux facteurs tels que la récession économique, la volonté d’indépendance et de sécurité énergétique des principaux pays consommateurs, l’économie d’énergie et les énergies renouvelables, les stratégies et programmes de lutte contre les gaz à effet de serre. Une guerre des prix et par conséquent une chute de la rente pour les pays exportateurs ne sont pas à écarter.

1. L’augmentation des réserves mondiales en gaz naturel

Les énormes progrès technologiques de la dernière décennie ont permis l’exploitation de gisements de plus en plus complexes en offshore ou non conventionnels. Les ressources mondiales sont évaluées aujourd’hui à 504 000 milliards de mètres cubes (Mds de m3), dont 210 000 Mds m3 de réserves prouvées et exploitables, et 290 000 Mds m3 en ressources non découvertes à ce jour, y compris le gaz non conventionnel (gaz de schiste, « tight gas » ou gaz de roche compacte, et gaz de charbon). Soit l’équivalent de 150 à 300 ans de consommation en fonction des nouveaux progrès technologiques en matière d’exploitation et d’usage.

Cette augmentation est surtout liée au gaz de schiste dont les réserves mondiales sont évaluées à un peu plus de 100 000 Mds m3. Mais rechercher ou avoir des ressources n’est plus suffisant comme le pensent certains, car il faut de plus en plus pouvoir les exploiter au moindre coût. Les défis sont multiples et passent par des changements de politiques énergétiques, des investissements importants, et beaucoup d’innovations.

Il faut aussi savoir les exploiter de façon judicieuse, car on constate que si pour le moment la transition énergétique progresse essentiellement dans les pays développés, les pays émergents et non développés continuent non seulement à surexploiter mais aussi à surconsommer toutes leurs ressources naturelles, le plus souvent pour les exporter.

2. La consommation énergétique mondiale (cf. WEO.AIE.2014, UIG)

La croissance de la consommation, tirée surtout par la génération électrique, est appelée à être supportée de plus en plus par le gaz naturel au détriment de toutes les autres ressources fossiles. Il est prévu que la demande passera de 3 385 Mds m3 en 2014 à 5 848 Mds m3 en 2040, soit une croissance de 2,7% par an.

Cette croissance ne sera pas cependant la même au niveau de tous les marchés du fait de politiques de consommation et de stratégies différentes basées sur différents facteurs, dont notamment la récession économique, qui dure depuis plusieurs années, affectant parfois de façon importante (Europe) les activités industrielles et par conséquent la demande énergétique. Le gaz naturel poursuivra sa progression en Amérique du Nord pour atteindre 1 300 Mds m3 en 2040 (dont 900 aux Etats-Unis), du fait de son abondance et de son coût très bas par rapport au charbon. A l’inverse, la consommation de l’Europe (OCDE et Non-OCDE) demeurera stable en passant de 500 à 700 Mds m3 en 2040 (ce qui est incertain selon beaucoup d’analystes), du fait de la récession économique, des politiques d’économie d’énergie avec parfois un recul de la consommation, de développement des énergies renouvelables, et d’un souci de sécurité énergétique (vis-à-vis de la Russie surtout) basé sur la diversification des approvisionnements. L’Asie deviendra rapidement le plus gros consommateur d’énergie en passant pour le gaz naturel de 430 Mds m3 en 2014 à 1571 Mds m3 en 2040. Dans cette région, deux cas particuliers auront de l’importance sur le plan géopolitique :
- la Chine où le charbon demeurera la principale ressource jusqu’en 2040, malgré la possession d’importantes réserves de gaz non conventionnel dont le démarrage de production va atteindre 5 Mds m3 en 2015, et une nouvelle stratégie d’alliance et d’échange avec la Russie. Sa consommation en gaz naturel passera de 370 à 400 Mds m3 en 2020 (dont 140 à 150 Mds m3 à importer) et probablement 650 Mds m3 en 2040 ;
- l’Australie dont les réserves et les capacités de production (conventionnelles et non conventionnelles) vont faire de ce pays le principal fournisseur de gaz naturel dans cette région, surtout en GNL avec une capacité de 85 millions tonnes en 2017 et 130 millions tonnes en 2024 (soit 117 Mds m3 et 180 Mds m3 en gaz naturel). A préciser que la consommation de l’Australie en plus de celle de l’Asie citée plus haut passera de 220 Mds m3 en 2014 à 271 Mds m3 en 2040.

Le Moyen-Orient verra sa consommation passer de 435 à 824 Mds m3 en 2040, celle de l’Afrique de 124 à 271 Mds m3, l’Amérique du Sud de 160 à 264 Mds m3 et l’Inde de 50 à 200 Mds m3.

On constate que les plus fortes probabilités d’augmentation de la consommation se situent au niveau des pays émergents d’Asie, du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Amérique du Sud, alors que la consommation européenne connaîtra plutôt une certaine stabilité du fait de la mise en œuvre de politiques d’économie d’énergie, de développement des énergies renouvelables, et parfois même un recul ainsi que le recours au charbon comme c’est le cas de l’Allemagne actuellement.

3. La nouvelle répartition géographique des réserves

Les ressources gazières (prouvées et non découvertes) sont renfermées à hauteur de 34% par les pays de la CIS, 19% au Moyen-Orient, 14% en Afrique, 11% en Amérique du Nord, 6% en Amérique du Sud, 4% en Asie du Sud-Est (essentiellement l’Australie), et le reste dans les autres pays.

La situation géographique des réserves et surtout celles qui sont nouvelles est en train de modifier sensiblement les distances par rapport aux marchés et par conséquent la nature des échanges ainsi que les marchés eux-mêmes ou les stratégies des acteurs gaziers producteurs ou consommateurs.

En plus des nouveaux producteurs de gaz conventionnel comme ceux d’Afrique de l’Est, ou de l’Australie, de nouvelles productions en surplus ou à proximité d’anciens marchés vont certainement influer sur les échanges actuels.

C’est ainsi que la révolution du gaz de schiste aux Etats-Unis, le plus gros consommateur dans le monde, hier importateur, a transformé ce pays en plus grand producteur de gaz de nos jours et probablement exportateur de GNL à compter de 2017. Le Canada dispose aussi d’importantes réserves non conventionnelles dont il a démarré l’exploitation pour le pétrole surtout, mais envisage aussi l’exploitation du gaz non conventionnel (18 000 Mds m3), et des exportations vers l’Asie ou l’Europe dans la mesure où le marché américain s’auto-suffira à l’avenir.

Seule la Chine qui dispose aussi d’énormes ressources en gaz non conventionnel vient de démarrer une production de gaz de schiste avec 5 Mds m3 prévus pour 2015. Ses réserves sont évaluées entre 25 000 et 36 000 Mds m3.

Les cinq autres pays renfermant d’importantes ressources sont l’Argentine (25 000 Mds m3), l’Algérie (22 000 Mds m3), le Mexique (17 000 Mds m3), l’Australie (14 000 Mds m3), et l’Afrique du Sud (12 000 Mds m3), mais selon différentes analyses il est peu probable que l’un d’eux puisse démarrer une production commerciale au cours de la prochaine décennie.

On constate donc globalement que la carte énergétique du monde est en train d’être profondément modifiée entre :
- une Amérique du Nord dont les réserves et la production sont autosuffisantes, le marché florissant et ouvert, des prévisions d’exportation de GNL importantes aussi bien vers l’Asie que vers l’Europe, un mix énergétique de plus en plus basé sur le gaz naturel, avec un excédent de charbon à exporter vers l’Europe et l’Asie ;
- une Europe sans réserves suffisantes, dont la consommation énergétique est stable mais incertaine avec un marché déprimé, sans accord régional pour un marché unique et ouvert, et sur le mix énergétique à mettre en place, mais un consensus autour de la nécessité de diminuer les émissions de CO2 à travers l’usage du gaz naturel au détriment du charbon. D’où un certain forcing de la France pour mettre en évidence la nécessité d’un succès de la COP 21 de Paris (décembre 2015) ;
- la Russie et les pays d’Asie centrale qui renferment d’importantes réserves, et où la Russie veut sauvegarder sa position privilégiée pour approvisionner l’Europe malgré les sanctions actuelles, mais qui annonce déjà sa nouvelle stratégie orientée vers l’Asie ;
- une Asie qui va être le principal consommateur d’énergie dans les décennies à venir, et par conséquent le principal marché de GNL surtout, même si en Chine le charbon comptera encore pour longtemps à pas moins de 50% dans le mix énergétique. Les ressources et les capacités de production/exportation de GNL de l’Australie dans cette région pèseront beaucoup dans la compétition avec les autres exportateurs du Moyen-Orient et d’Afrique ;
- un Moyen-Orient qui renferme la plupart des réserves gazières en production ou à développer (Iran) au cours des prochaines décennies, mais dont la consommation gazière augmente rapidement à raison de 2% par an, et pourrait passer de 400 Mds m3 en 2012 à 700 Mds m3 en 2040, c’est-à-dire plus que la consommation chinoise à cet horizon qui continuera pourtant à croître à raison de 5,5% par an ;
- une Afrique dont les principaux producteurs que sont le Nigeria et l’Algérie vient de voir ses capacités croître de façon significative sur sa côte Est, induisant une compétition difficile avec les autres régions, principalement le Moyen-Orient et l’Australie sur le marché asiatique, mais aussi une compétition avec les capacités de production à partir des réserves annoncées dans le bassin offshore Est-méditerranéen (Israël-Liban-Syrie-Chypre-Grèce-Turquie).

4. Changement climatique et nouveaux modèles de consommation énergétique

On assiste actuellement à une prise de conscience sur les effets catastrophiques des changements climatiques ainsi que le poids de la taxe carbone et une plus grande volonté des pays consommateurs d’énergie de diminuer les émissions de gaz à effet de serre à travers de nouvelles politiques de consommation énergétique.

Cette tendance a été très fortement exprimée tout au long du déroulement du 26e Congrès mondial du gaz à travers la promotion du gaz naturel en tant que combustible propre et émettant moins de 50% de CO2 par rapport au charbon, le développement des technologies permettant la suppression des gaz torchés à l’horizon 2030 et la diminution d’émission de méthane au niveau des installations d’exploitation.

Il faut cependant préciser que cette tendance est soutenue principalement au niveau des pays producteurs de gaz naturel ou n’ayant pas d’autres solutions pour remplacer soit l’importation de gaz (Etats-Unis) soit le pétrole et le charbon par rapport à leur forte croissance de consommation énergétique (pays asiatiques).

Elle est aussi accompagnée de façon générale et plus particulièrement en Europe par des politiques d’économie d’énergie et de développement des énergies renouvelables dont les objectifs sont :
- la réduction des émissions de CO2 de 20%, 40%, puis 80% en 2020, 2030 et 2050 ;
- un mix énergétique avec des énergies renouvelables à hauteur de 20% en 2020 puis 27% en 2030 ;
- une efficacité énergétique à hauteur de 20% en 2020 puis 27% en 2030.

Le résultat a déjà abouti à une stabilisation de la consommation énergétique et probablement une forte baisse de sa croissance à l’avenir.

Cela s’est ainsi traduit par une baisse des importations de gaz naturel en Europe, d’une orientation des échanges vers les pays émergents, d’une forte compétition sur les marchés et enfin d’une pression continue sur les producteurs pour diminuer les prix, les quantités et les durées des contrats de livraison.

Il y aura par conséquent une évolution progressive vers une globalisation des échanges, notamment à travers le GNL dont les parts de marché vont progresser au détriment du gaz naturel transporté par gazoduc.

Le marché européen consomme aujourd’hui 13% de la production mondiale de gaz et ne renferme que 3% des réserves. Il est caractérisé par une sorte de transition marquée, d’une part, par la persistance de la récession économique et le recul des activités industrielles, et, d’autre part, par des politiques d’économie d’énergie qui ont parfois entraîné l’arrêt de certaines centrales à gaz et le recours à un charbon bon marché importé des Etats-Unis (cas de l’Allemagne).

Les énergies renouvelables ne comptent en réalité que pour 8% dans la génération électrique. Leur développement demandera encore beaucoup de temps avec des perspectives de 15% en 2030 et 19% en 2040. Mais leur progression grâce aux progrès technologiques enregistrés, notamment en matière de photovoltaïque dont le MWh est prévu de passer entre 2015 et 2030 de 110 à 70 € selon IHS, en fera à long terme un excellent partenaire dans la lutte contre le réchauffement climatique.

5. La sécurité d’approvisionnement et les enjeux géopolitiques

La sécurité et la diversification des approvisionnements sont les deux facteurs de base des politiques énergétiques des pays consommateurs et entraînent, par conséquent, une forte pression pour une globalisation des échanges.

En parallèle, les sanctions à l’égard de la Russie et de l’Iran, ainsi que les troubles en Libye et au Moyen-Orient sont autant de défis à surmonter pour sécuriser non seulement les productions, mais aussi les « routes » d’approvisionnement.

La Russie, qui est un énorme acteur avec d’énormes réserves en gaz, vient de changer de stratégie en aval, à travers une nette orientation vers le marché asiatique, ce qui pose un problème pour l’Europe dont le défi critique est relatif à la diversité de l’approvisionnement aussi bien en combustible qu’en routes d’approvisionnement. Ses importations actuelles vont se poursuivre mais il faudra accueillir aussi du GNL qui va arriver de plus en plus d’ailleurs, y compris des Etats-Unis, à condition de garantir le libre marché et le libre transport à travers une Europe énergétique qui n’existe pas encore.

La Chine et l’Iran qui va certainement accroître sa production pétrolière en attendant celle du gaz naturel dont les réserves sont très importantes et restent à développer semblent aussi se rapprocher.

La Turquie de son côté tend à se transformer en un hub en même temps qu’un important marché. D’importantes réserves de gaz sont aussi annoncées dans la partie orientale de la Méditerranée (Bassin du Levant : Israël, Liban, Syrie, Chypre, Grèce et Turquie). Leur développement aura certainement des conséquences dans les échanges en Méditerranée et en Europe du Sud-Est.

Toutes ces mutations auront inévitablement des conséquences sur les marchés, les échanges et les politiques énergétiques des producteurs comme les consommateurs.

6. Le développement du GNL

Selon la plupart des analyses, il semble que si la consommation globale de gaz naturel poursuivra sans aucun doute sa progression, les échanges et les nouveaux usages se feront de plus en plus à travers le GNL grâce à une meilleure flexibilité en matière d’échanges et de prix.

Le marché du GNL est en train de se globaliser et va dépasser en volume celui du gaz transporté par gazoduc d’ici 2035. Sa consommation va doubler au cours de la prochaine décennie, et la demande sera multipliée par 3 par rapport à 2010 pour atteindre 600 millions de tonnes de GNL en 2035, dont environ les deux tiers destinés au marché asiatique.

La demande européenne connaîtra une forte croissance en GNL qui pourra atteindre 80 milliards de mètres cubes (Mds m3) dès 2018 puis plus de 100 Mds m3 à partir de 2022. Celle de l’Asie sera de plus de 120 milliards de mètres cubes.

L’Australie et les Etats-Unis sont en mesure de devenir les principaux exportateurs de GNL à l’avenir (40%).

7. Quels défis pour l’Algérie ?

A l’échelle mondiale, l’Algérie n’est actuellement qu’un acteur modeste aussi bien en matière de réserves (4 500 Mds m3 selon les chiffres officiels) que de capacités approximatives et actuelles de 80 Mds m3 en production et moins de 50 Mds m3 en exportation.

A l’échelle africaine, elle demeure l’un des principaux producteurs derrière le Nigéria, mais les récentes découvertes sur la côte Est de l’Afrique et les potentiels annoncés dans le Bassin du Levant (Israël, Liban, Syrie, Chypre, Grèce et Turquie) risquent de modifier ce classement à court terme.

L’Algérie demeure cependant le principal producteur et exportateur dans le bassin méditerranéen où ses avantages sont :
- la proximité avec le marché européen ;
- la flexibilité de ses exportations en gaz naturel avec une capacité théorique de transport de 53 Mds m3 (3 gazoducs), ou en GNL avec une capacité théorique aussi de 60 millions m3 GNL (35 Mds m3 en gaz naturel) ;
- la capacité de transport d’un million de m3 de GNL avec 9 méthaniers (584 millions m3 en gaz naturel) ;
- la fiabilité et la sécurité de ses livraisons.

Son principal handicap vient de sa consommation intérieure qui augmente à raison de 8% par an alors que la croissance de ses capacités de production ne semble pouvoir compenser à moyen terme que cette consommation intérieure. La consommation du premier trimestre 2015 a déjà atteint 11,3 Mds m3, soit plus de 14% par rapport au 1er trimestre 2014, et si cela devait se poursuivre au même rythme, elle dépassera les 40 Mds m3 à fin 2015.

Si cette tendance se maintient, cela signifie que l’Algérie est entrée dans une phase au cours de laquelle ses réserves et ses capacités de production additives seront essentiellement absorbées par son marché intérieur, au détriment de ses capacités d’exportation.

Il s’agit là d’un défi majeur qui ne peut être relevé qu’à travers une nouvelle politique énergétique basée sur :
- la mise en œuvre d’un nouveau modèle de consommation énergétique basé sur le développement des énergies renouvelables, l’efficacité et l’économie d’énergie ;
- l’accroissement des efforts d’exploration, l’accélération du développement de tous les petits gisements découverts et surtout de la gestion des gisements existants en matière d’amélioration des taux de récupération ;
- la poursuite des efforts d’évaluation de son potentiel en gaz non conventionnel qui est très important mais nécessite d’énormes investissements, des moyens technologiques et logistiques importants et par conséquent un cadre réglementaire adéquat ainsi qu’une acceptation sociale qui ne peut être atteinte qu’à travers une communication transparente « parce qu’il n’y a pas de solution idéale ni de choix unique en matière de transition énergétique » ;
- la mise en œuvre d’une nouvelle politique d’exportation du gaz basée sur la diversification des marchés à atteindre, l’adaptation continue de leur nature (GN ou GNL), et pourquoi pas la défense d’un prix qui tient compte non seulement de sa valeur énergétique mais aussi de sa contribution en tant que ressource propre par rapport au charbon et au pétrole dans la diminution des gaz à effet de serre au niveau des pays gros consommateurs d’énergie et émetteurs de gaz à effet de serre.

Avoir des réserves en hydrocarbures et des ressources énergétiques renouvelables est loin d’être suffisant pour assurer un développement durable.

Quand on se rend compte qu’on a pris du retard pour transformer ces ressources en d’autres richesses et bien-être au profit de tout le pays, seule une « stratégie de choc » est en mesure de remettre les choses dans la bonne voie.

Cette « stratégie de choc » n’est cependant pas du seul ressort du secteur de l’énergie, mais de l’ensemble des secteurs économiques du pays dont la consommation énergétique doit être maîtrisée et valorisée pour produire de nouvelles richesses.

Conservation et valorisation des ressources, bonne gouvernance, modèle de consommation énergétique, investissement et transformation structurelle de l’économie, innovation, révision des échanges avec l’extérieur sont autant de chantiers à affronter dans l’immédiat.

Abdelmadjid Attar, consultant, ancien PDG SH, Le Soir d’Algérie

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