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Karim Ouamane. DG de l’Agence nationale des déchets : Tous les déchets sont recyclables dans l’absolu

-Quelle est la partie ou l’organisme qui est en mesure actuellement d’imposer le tri sélectif ?  

 Le tri sélectif est de prime abord imposé par la règlementation en vigueur et par la nouvelle stratégie nationale en matière de gestion des déchets à l’horizon 2035 et qui vient d’être élaboré tout récemment par le ministère de l’Environnement et des Énergies renouvelables. Les rôles et missions de chaque acteur y sont explicitement définis. Le tri sélectif est une demande sociétale ou une exigence environnementale et économique ? Il faut se rendre à l’évidence que le tri à la source va coûter cher à la collectivité car il s’agira de mettre en place un système opérationnel et de l’entretenir techniquement et financièrement par voie de conséquence. 

Tout devrait commencer à l’échelle de la commune à travers l’adaptation des schémas de collecte au concept même du tri à la source. Ce n’est pas tout, on devrait aussi se fixer des objectifs chiffrés en matière de tri à la source. Ces objectifs sont guidés par la capacité installée en matière de reprise des déchets triés. Il s’agira aussi de mobiliser les ressources financières pour ces politiques à travers notamment la taxe d’enlèvement des ordures ménagères et la responsabilité élargie des producteurs. Pour promouvoir cette approche, les pouvoirs publics ont créé à travers la loi 01-19 l’Agence nationale des déchets (AND).

-D’après certains spécialistes, ce ne sont pas tous les déchets qui sont susceptible d’être recyclés faute de résidus chimiques et de la mauvaise qualité de certaines matières obtenues suite au recyclage. Qu’en pensez-vous ?

Tous les déchets sont recyclables dans l’absolu. Des contraintes d’ordre technique et économique pourraient constituer un frein pour cette logique. La composition intrinsèque des produits en fin de vie est variée et recèle dans beaucoup de cas des matériaux toxiques. S’ils venaient à être recyclés dans de nouveaux produits, cela poserait un sérieux problème en matière de santé humaine. Les plastiques qui sont les plus recyclés de nos jours mériteraient une attention particulière car ils peuvent contenir des additifs extrêmement toxiques, à l’image des retardateurs de flamme.  Une prise de conscience mondiale est à signaler à ce sujet. Très récemment, la convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et de leur élimination rallonge ses activités aux déchets plastiques les plus contaminés, les plastiques mélangés et ceux qui ne peuvent être recyclés. Cette exigence toute particulière vise à prévenir et améliorer la gestion écologiquement rationnelle des déchets.

-L’activité du recyclage est menacée par le monopole de l’informel (le tri et la collecte) et le prix de la vente des déchets récupérés est  soumis au gré des collecteurs. Y a-t-il concrètement une réglementation pour le marché des déchets ?  

 L’activité informelle est bien présente dans le domaine de la récupération et du recyclage. Ce n’est pas propre à l’Algérie. Néanmoins, on devrait mettre les mécanismes de régulation nécessaires pour venir à bout de cette situation. N’oublions pas qu’on parle d’une matière déduite d’un déchet et qu’elle devrait répondre aux mêmes critères de qualité que la matière vierge.  Pour  les prix des déchets recyclables, le marché obéit aux règles de l’offre et de la demande et se régule par lui-même.

Le marché des déchets pour les activités liées au tri, à la récupération, à la vente des matériaux récupérés, à la transformation des déchets et à la vente des produits issus de la transformation est encadré par la réglementation régissant les activités commerciales pour la vente, l’achat et l’attribution des marchés (facturation, impôts et taxe, code des marché public,…). Pour rappel, les activités liées à la gestion des déchets sont soumises aussi à d’autres textes réglementaires tels que la réglementation sur les installations classées et la réglementation sur la gestion des déchets spéciaux et spéciaux dangereux. A la lumière de ce que j’ai avancé plus haut, une démarche devrait être développé pour rendre visible tout ce qui est formel. Il y va de la santé humaine.

-La matière première recyclée trouve-t-elle preneur sur le marché ?  

Avant de créer une unité de recyclage ou de valorisation des déchets, l’investisseur ou le porteur de projet est appelé à réaliser une étude technico-économique pour son projet. Cette étude porte essentiellement en plus de processus de transformation à adopter, les volets relatifs à la disponibilité régulière des matériaux à recycler et à l’existence des débouchés pour la commercialisation des produits finaux. Du moment qu’on passe du statut de déchet au statut matière, les produits issus de la matière première secondaire doivent répondre aux exigences techniques et aux normes internationales en termes de qualité.

El Watan

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