Interview de M. Badis DERRADJI Président-Directeur Général de New Energy Algeria (NEAL)

Vendredi 14 janvier 2011

M. Badis DERRADJI Président-Directeur Général de New Energy Algeria (NEAL)Pour commencer, pouvez-vous nous présenter NEAL et nous parler de son rôle dans la concrétisation de projets de production d’électricité à partir de sources renouvelables ? NEAL est un initiateur et un développeur de projets d’énergies nouvelles et renouvelables né d’une idée de collaboration entre le secteur public représenté par les deux principaux acteurs du secteur de l’énergie qui sont Sonatrach et Sonelgaz et le secteur privé représenté par le groupe SIM. NEAL est un acteur s’inscrivant principalement dans une dynamique de transition de notre mix énergétique et qui se projette dans un modèle énergétique évolutif dans lequel les énergies renouvelables ainsi que les technologies associées auront une part de plus en plus importante. Le rôle de NEAL dans cette nouvelle vision du secteur de l’énergie est de jouer le rôle de promoteur et de catalyseur par le développement de projets concrets de production d’électricité à partir des énergies nouvelles et renouvelables. NEAL est le pionnier de la production de l’électricité solaire à échelle industrielle.

Ce rôle de développeur de projet malgré qu’il soit défini dans la législation en vigueur mérite d’être expliqué. Un développeur de projet tel que NEAL se situe en amont de la chaîne de valeur, il prend en charge la préparation et le montage de projet de bout en bout et transforme une opportunité en un projet. Dans ce processus de développement, on peut citer plusieurs activités incontournables : l’identification des meilleurs sites en tenant compte de plusieurs critères tels que le potentiel du renouvelable, la maturité et l’atout technologique usité, la proximité et la capacité d’absorption des réseaux, l’état du terrain, etc ; réaliser des études préliminaires ou de « pré-faisabilité » pour décider ensuite de faire les études de faisabilité et les études d’impact sur l’environnement ; le choix des meilleures technologies et la conception de la centrale ; le montage financier et le package contractuel ; les demandes de permis et d’autorisations.

Il s’agit d’un nouveau métier qui se situe donc bien en amont de la réalisation du projet lui-même. Dans un deuxième temps et en fonction de nos capacités financières, nous pouvons également prendre des participations dans le capital des sociétés de projet. Notre souhait est d’avoir un positionnement technologique sélectif en s’intégrant intelligemment et progressivement sur la chaîne de valeur des équipements.

Station Hybride Solaire GAZ de Hassi R'mel

Nous consolidons notre première expérience de développement et de lancement de la centrale hybride solaire-gaz de Hassi R’mel par les études que nous sommes en train de réaliser pour deux autres projets le premier situé à Meghaïr dans la Wilaya d’El-Oued et le deuxième localisé dans la Wilaya de Naama.

Qu’est-ce qui caractérise la technologie de concentration solaire (CSP) ?

Cette technologie que nous avons retenue pour la centrale hybride de Hassi R’mel est en pleine évolution. Son utilisation date des années 80. Elle a été testée à grande échelle en Californie où 9 centrales sont toujours fonctionnelles. Ce qui démontre à la fois la maturité et la fiabilité de cette filière solaire. L’évolution du CSP a été freinée durant une vingtaine d’années pour des considérations purement économiques. Grâce aux mécanismes incitatifs en Espagne (Feed-in tariffs), aux USA (Investment Tax Credit) et à la volonté de certains pays de la région MENA (Algérie, Egypte, Maroc et Emirats Arabes Unis) nous voyons actuellement une renaissance du CSP. Il y a 821 MW installés, 2 000 MW en cours de réalisation et 14 000 MW en développement.

Parmi les caractéristiques importantes de la technologie des concentrateurs solaires de puissance ou CSP, on peut en citer au moins trois :

La première est qu’il s’agit d’une technologie qui permet la production centralisée de l’électricité. C’est une technologie qui s’intègre bien au niveau du transport d’électricité car comme les centrales à gaz les centrales CSP se connectent au réseau électrique THT sans aucun problème.

Station Hybride Solaire GAZ de Hassi R'mel

La deuxième caractéristique est que les concentrateurs mobilisent le solaire pour générer de la vapeur. Cette vapeur fait fonctionner une turbine à vapeur de la même manière qu’une centrale à vapeur classique. Ce mode de fonctionnement fait que cette technologie soit une combinaison intelligente entre un champ solaire et un bloc de puissance (échangeur, turbine, etc.). Cette combinaison permet à la centrale de fonctionner même quand il n’y a pas de soleil si on a accès à un combustible fossile. D’où le concept de « centrale hybride » telle que celle de Hassi R’mel. Cette caractéristique est un des points forts de cette technologie car même sans stockage on peut assurer la « dispatchabilité ».

L’hybridation permet une introduction en douceur de la technologie CSP. Le dimensionnement du champ solaire se fera en fonction du budget disponible et permettra de faire des économies de combustible.

La troisième caractéristique est la possibilité de stocker de l’énergie thermique sous forme de chaleur pour la production de l’électricité même pendant la nuit. C’est à mon sens la spécificité la plus importante et la plus prometteuse de cette technologie. Le stockage thermique à grand échelle existe et a été utilisé en Espagne dans plusieurs centrales CSP de capacité unitaire de 50 MW.

La mise en service de la centrale hybride de Hassi-R’mel a accusé un retard. Quelles en sont les raisons ?

Il y a lieu de rappeler que le projet est réalisé en partenariat avec la société espagnol Abener (filiale 100% de la société Abengoa). Dans le cadre de ce partenariat, la technologie est fournie par Abengoa Solar et la réalisation de la centrale est confiée à Abener.

Ce retard est dû à plusieurs facteurs internes et externes au projet.

Les facteurs internes sont liés au challenge que représente ce projet, le premier du genre en Algérie, en matière d’engineering et la complexité née de la gestion de toute la chaîne logistique et des sous traitants.

Les facteurs externes sont les délais de livraison des équipements qui se rallongent parfois au niveau des douanes. Des conditions météorologiques ont aussi ralenti les travaux.

Le plus important est que le chantier tire à sa fin. Les essais sont en cours. L’Algérie réceptionnera début 2011 sa première centrale CSP qui est un vrai laboratoire d’apprentissage.

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