Rémy Rioux. Directeur général de l’Agence française de développement (AFD) « L’AFD souhaite contribuer à une croissance résiliente et durable »

Lundi 20 novembre 2017

- L’Agence française de développement est réputée pour son soutien à des projets solidaires et à des populations dans de nombreux pays à travers le monde. Les projets que vous accompagnez sont-ils particulièrement liés à la notion de « vivre-ensemble » et de développement durable ?

C’est le cœur de notre mandat. Contribuer à la construction d’un monde plus juste et plus durable pour tous est la mission de l’AFD. « Un monde en commun », c’est notre nouvelle devise et elle anime toutes nos équipes de Paris à Ouagadougou, de Brasilia à Hanoï. Et à Alger aussi, bien sûr, où nous venons d’affecter un nouveau directeur.

Pour réussir les cinq grandes transitions dans lesquelles nos sociétés sont engagées : sociale, énergétique, territoriale, numérique et citoyenne. Pour y parvenir, nous devons respecter la singularité de chaque pays et la diversité des choix de développement, mais aussi accélérer l’action collective, le dialogue et les partenariats pour bâtir ensemble des solutions qui profitent à tous.

- Justement, comment travaillez-vous sur le terrain pour avoir un impact en termes de développement durable ?

L’AFD se transforme. Nous intervenons dans de nombreux secteurs (énergies, éducation, santé, agriculture, environnement). Nous avons 85 agences dans le monde, des projets dans plus de 100 pays. Nous travaillons non seulement avec les Etats, mais aussi avec les collectivités, les entreprises et la société civile du Sud.

L’AFD devient plus grande, plus innovante et plus partenariale. En 2017, notre Agence va dépasser pour la première fois le cap des 10 milliards d’euros d’engagements avec plus de 600 projets de développement. L’objectif est de passer à 13 milliards en 2020. Tout en conservant nos marqueurs, notre signature dans la communauté des bailleurs : l’Afrique (toute l’Afrique), le climat (en application de l’Accord de Paris dont nous fêterons bientôt le deuxième anniversaire à l’invitation du président Emmanuel Macron) et le lien social (la réduction des inégalités, la jeunesse, l’égalité des droits entre les femmes et les hommes). C’est la mission des banques de développement, qui agissent au plus près des territoires et des populations.

C’est la raison d’être du club international IDFC, dont j’ai pris récemment la présidence : une plateforme de 23 banques du Nord et du Sud qui, avec 630 milliards de dollars d’engagements annuels, représentent une force considérable dans le financement international du développement et de la lutte contre le changement climatique.

- Quelle est votre politique en matière de financement et comment parvenez-vous à faire financer des dizaines de projets à travers plusieurs pays ?

Pour accompagner nos partenaires, nous disposons d’une large palette d’outils financiers et d’expertise, innovants et adaptés. La diversité de notre offre est un atout majeur pour œuvrer en faveur du développement. Année après année, nous renforçons et élargissons notre gamme de produits et services en fonction de l’évolution des besoins de nos partenaires et de leurs priorités. L’AFD cherche l’outil adapté à chaque territoire et à chaque situation : des dons, des prêts concessionnels, des concours souverains et non souverains, des garanties, des investissements, de l’expertise…

Dans les pays les moins avancés, notamment en Afrique, l’AFD intervient surtout par le biais de subventions. Dans les pays ayant des revenus intermédiaires, elle prête à des conditions favorables et offre un accompagnement afin de développer à la fois la maîtrise de l’ouvrage et la coopération sur des enjeux communs.

Dans les pays émergents, elle accorde le plus souvent des prêts non bonifiés pour financer des projets de lutte contre les changements climatiques ou visant une croissance respectueuse des hommes et de l’environnement, des projets souvent mal pris en compte par les institutions financières classiques. Dans les Outre-mer, elle intervient par le biais de subventions et de prêts bonifiés sur des activités d’appui, de conseil et de financement des acteurs publics et privés locaux.

- Au Maghreb, vous accompagnez et financez plusieurs projets, notamment en Algérie et en Tunisie. Quel regard portez-vous sur les notions d’intégration, de croissance et de politiques publiques en matière de développement durable dans cette région ?

Nous avons un partenariat très approfondi et ancien avec les pays du Maghreb. Nous finançons de nombreux projets structurants dans des domaines très variés (infrastructures, appui au secteur privé, secteurs sociaux, etc.) et nous accompagnons les politiques publiques et la définition des trajectoires de développement durable des pays.

Pour aller vers des modèles de croissance qui permettent une création d’emplois massive. Pour accentuer aussi l’action en faveur du climat, tant en matière d’adaptation au changement climatique que d’énergie propre, à travers le développement des énergies renouvelables.

La question de l’intégration régionale nous intéresse également. C’est un axe fort de notre stratégie « Tout Afrique », pour faire tomber les barrières entre le nord et le sud du continent. Il y a une volonté claire du Maghreb de dynamiser ses relations économiques avec l’ensemble du continent. C’est une dynamique que nous allons suivre et accompagner avec force.

- Parlez-nous de vos actions en Algérie et de vos ambitions en matière de soutien aux projets de développement durable…

L’Algérie, grâce aux ressources des hydrocarbures, a mené depuis plus de 15 années une politique sociale et d’investissement en infrastructures de base qui ont permis de porter l’indicateur d’IDH au plus haut niveau des pays du Maghreb. Elle dispose ainsi d’un potentiel de développement considérable, tant par ses ressources humaines que par la qualité de ses infrastructures.

L’Algérie est cependant confrontée, depuis 2014, à un choc majeur qui frappe ses grands équilibres macroéconomiques avec la baisse des cours des hydrocarbures. L’AFD souhaite travailler à vos côtés pour consolider les points forts de votre économie, contribuer à la solidarité nationale en favorisant les ressorts d’une croissance résiliente et durable.

Notre approche est d’être dans l’écoute et le dialogue, à tous les niveaux, en partant de la société civile. Ainsi, nous soutenons avec le Comité français de solidarité internationale (CFSI) le réseau d’ONG franco-algérien Joussour, en partenariat avec le réseau algérien d’actions sociales NADA. Notre valeur ajoutée réside dans le partage d’expertises et le renforcement des capacités.

A ce titre, nous menons depuis 10 ans des projets de transfert de compétence, notamment avec les ministères des Finances et de l’Intérieur, la Caisse de garantie du crédit d’investissement (CGCI) et l’Institut algérien des hautes études financières (IAHEF), qui reposent sur le diagnostic des besoins avec notre département de valorisation des savoirs à Marseille et la conduite de séminaires interactifs en Algérie.

Nous avons récemment redéfini notre politique d’intervention selon trois axes : le développement urbain durable, moins carboné, avec notamment un focus sur la mobilité urbaine ; l’appui aux politiques de transition énergétique, mais aussi écologique et environnementale, notamment pour une gestion optimale de l’eau, ressource rare et précieuse ; et enfin la diversification des moteurs de croissance et de génération de devises. Cela passe, par exemple, par l’appui à la mise en place de clusters, comme celui de la mécanique-automobile qui a pour objectif de favoriser l’innovation et l’emploi. Notre ambition est de servir toutes les Algériennes et tous les Algériens.

Ali Titouche.El Watan.

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