Pour devenir plus verte, la Chine débauche un spécialiste mondial de l’EPFL

Dimanche 23 juillet 2017

Le chercheur Lyesse Laloui aidera le géant asiatique à diversifier son mix énergétique et à réduire sa dépendance au charbon. En même temps, il ouvre de nouvelles perspectives en matière d’échanges entre institutions chinoises et suisses.

Quand il a consacré son doctorat au stockage des déchets nucléaires au début des années 1990, ce sujet « non conventionnel paraissait un peu exotique dans la communauté scientifique ». Mais Lyesse Laloui dit avoir eu alors « un pressentiment ». Les besoins actuels de nos sociétés en dépollution et en énergies vertes lui ont donné raison. Le chercheur de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) étend désormais son savoir en Chine, un pays qui vise 15% de renouvelables dans son mix énergétique en 2020 pour diminuer sa dépendance au charbon et une pollution endémique.

De nombreux champs d’application

De l’extraction d’énergie pour chauffer ou refroidir au stockage de gaz carbonique ou à l’enfouissement de déchets en passant par le gaz de schiste, Lyesse Laloui pourra dès la rentrée suivre des doctorants de Hohai sur les nombreux champs d’application couverts par l’énergie tellurique et les technologies. Le chercheur de 54 ans, actuellement à la tête de la section de génie civil de l’EPFL, s’enthousiasme pour cette nouvelle aventure du fait « du très grand potentiel de développement » chinois, confiait-il avant son départ pour la Chine.

La deuxième puissance économique mondiale « devient une force de frappe extrêmement importante dans le domaine du savoir scientifique », décrit le chercheur de l’EPFL. Né en Algérie près de Constantine, Lyesse Laloui se forme d’abord à Alger, puis à l’Ecole centrale de Paris. Après un passage par un laboratoire associé au CNRS en France, il rejoint l’EPFL en 1994. Il fonde une publication dédiée à ses problématiques de prédilection, multiplie les conférences, les publications, rejoint une université américaine, et enchaîne les expertises auprès d’industriels et de décisionnaires politiques – en Chine notamment, auprès du géant du pétrole Sinopec.

Recueillir l’énergie de la terre

L’université de Hohai s’intéresse aujourd’hui tout particulièrement à ses connaissances sur les géostructures thermiques qui constituent une source d’énergie propre et renouvelable. Cette technique déjà utilisée en Europe, à l’aéroport de Zurich ou dans le métro du Grand Paris par exemple, est en expansion en Chine.

Le principe est simple : les fondations de ces édifices permettent de recueillir l’énergie de la terre et d’alimenter le bâtiment et les habitations environnantes dans un périmètre de 600 mètres. Cette technique peut rendre les bâtiments pratiquement autonomes pour le refroidissement et le chauffage et s’applique aussi aux ponts, parkings, gares et tunnels.

Or, les réserves chinoises de chaleur souterraine sont immenses (un sixième du potentiel géothermique mondial), notamment dans les montagnes du Tibet et du Sichuan, mais elles satisfont pour l’instant moins de 0,5% de la consommation énergétique du géant asiatique. A présent, 65% de son courant provient des centrales à charbon, très polluantes.

La volonté politique est manifeste : Pékin compte doper en cinq ans sa capacité d’électricité géothermique à 530 mégawatts (l’équivalent de 72 millions de tonnes de charbon/an) contre seulement 30 MW actuellement, et tripler sa surface de bâtiments chauffés par géothermie.

Une technique alliée à l’énergie solaire

Qui plus est, « la Chine construit énormément, et principalement des tours. Elle offre donc les conditions idéales pour la géo-énergie, car plus la tour est haute, plus les fondations sont profondes, plus vous arrivez à tirer d’énergie », fait valoir le scientifique. La technique peut être couplée à des panneaux solaires pour être encore plus efficiente. De quoi intéresser la Chine, qui est désormais le plus gros producteur d’énergie solaire en termes de capacité.

La Chine est aussi le plus gros pollueur mondial en raison notamment des combustibles fossiles et de la production de ciment. Elle regarde donc de près un autre domaine d’expertise de Lyesse Laloui : la capture de dioxyde de carbone (principal gaz à effet de serre). L’expert préconise de capter le CO2 à la sortie de l’usine. « On liquéfie ce CO2 ou on le laisse sous forme de gaz et on le transporte via des pipelines dans des lieux où l’on va le séquestrer et l’envoyer sous terre dans des endroits de l’ordre du kilomètre », schématise le chercheur.

200 étudiants chinois à Lausanne

« J’espère que cette solution sera retenue », confie-t-il, car elle pourrait contribuer à faire que la Chine tienne les engagements pris à Paris en 2015 : atteindre le pic de ses émissions de CO2 autour de 2030 et baisser son intensité carbone de 60 à 65% par rapport à 2005.

C’est donc plein d’envies que Lyesse Laloui envisage son nouveau poste, qui permettra de créer « un partenariat de façon plus naturelle ». Avec à la clé « l’espoir d’accéder aux financements publics et privés » pour soutenir ses projets de recherche et en faire bénéficier les étudiants suisses, pour qui « la Chine deviendra incontournable dans leur carrière  ». A la clé aussi, le renforcement des liens tissés par l’EPFL, qui compte actuellement environ 200 étudiants chinois sur son campus et envoie chaque année une dizaine de ses étudiants effectuer une partie de leur cursus en Chine.

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