Formation, management des entreprises et code des marchés publics "Les entraves à la sous-traitance locale"

Lundi 10 avril 2017

Les annonces ne manquent pas en termes de réalisations prévues dans le secteur de l’industrie, de la mécanique, la métallurgie, les énergies renouvelables, les textiles et les mines, avant d’arriver à l’automobile où les projets en perspective se multiplient à la faveur des accords conclus avec des partenaires étrangers. Autant de projets qui pourraient ouvrir la voie au développement de la sous-traitance industrielle avec la hausse des besoins en équipements en pièces de rechange et en composants industriels.

Et si auparavant, le recours aux importations était systématique dans ce cadre, les difficultés financières que traverse l’économie nationale réduit ce champ. Le cap est donc mis sur le développement de la sous-traitance.

Le ministre de l’Industrie et des Mines, Abdessalem Bouchaoureb, l’a bien souligné au début de l’année en cours, « 2017 sera celle de la sous-traitance ». Mais les moyens mis en place sont-ils à la hauteur des ambitions affichées dans ce cadre ? Une question qui s’impose, connaissant le climat dans lequel évolue les PME en Algérie et la nature des entraves rencontrées sur le terrain. Les avis diffèrent à ce sujet selon l’expérience des uns et des autres.

Mais globalement, il y a convergence sur la nécessité de baliser le terrain pour atteindre les objectifs tracés dans ce cadre en cette période où l’urgence de réorienter l’économie vers la production nationale est maintes fois relevée. Mais faudrait-il passer à l’acte. Pour les participants au 4e Salon national inversé de la sous-traitance (Sanist) (en majorité des entreprises publiques qui ont présenté à titre d’exemple les modèles des pièces recherchées), tenu la semaine dernière au Palais des expositions des Pins Maritimes, beaucoup reste à faire dans ce domaine.

Et pour cause, estiment-ils, les conditions ne sont pas totalement assurées, à commencer par les qualifications, en d’autres termes, la formation, l’amélioration du climat des affaires et du système managérial des entreprises publiques.

Déficit en qualifications

« Nous n’avons pas les ressources qualifiées. Certes, c’est bon, tout le monde travaille mais nous n’avons pas la qualité », se plaint le représentant de l’ECC (Etablissement central de construction relevant du secteur de la défense) pour qui le déficit en main-d’œuvre qualifiée est criant.

« Théoriquement, on arrive facilement à recruter un soudeur mais les connaissances pratiques sont faibles. Exemple : les titulaires de Certificats d’aptitude professionnelle (CAP) ne sont pas selon les normes. Idem pour les titulaires des diplômes universitaires version système LMD). »

Pour le représentant de l’Etablissement de construction aéronautique (ECA), qui fabrique trois avions et où le taux d’intégration est de l’ordre de 60%, il y a possibilité d’augmenter ce taux. « De nombreux industriels ont les moyens de sous-traiter pour répondre à nos besoins. De tels avions coûteraient moins cher si on avait recours à la sous-traitance locale », reconnaîtra notre interlocuteur pour qui le problème dépasse celui de la formation.

Où réside alors le blocage ? « Dans la réglementation », répondra un cadre de l’Enafor (Entreprise nationale de forage) pour qui certains articles du code des marchés publics ne sont pas clairs à ce sujet. « Il n y a pas de plateforme, donc pas de garantie pour sous-traiter avec le privé », nous dira-t-il.

D’où le recours au public au niveau de l’Enafor où les actions pour l’intégration nationale ne manquent pas. C’est ainsi qu’une cellule a été exclusivement dédiée à l’intégration et que cinq contrats ont été concrétisés entre 2012 et 2016 entre l’Enafor et des entreprises majoritairement publiques (BCR, Poval, Batimetal...) pour la fabrication entre autres des pièces moulées, les pièces forgées et les équipements mécano-soudés.

Jusqu’à octobre 2016, 100 prototypes ont été retenus pour être fabriqués et testés. Sur ce nombre, 32% sont en cours de fabrication en attendant d’autres propositions intéressantes à étudier. D’où la participation au salon organisé, faut-il le noter, par la Chambre nationale de commerce et d’industrie (CACI) en collaboration avec la Bourse algérienne de sous-traitance et de partenariat. Une manifestation de l’Entreprise des industries de câbles de Biskra (Enicab) voulait saisir pour proposer justement ses derniers produits dans ce domaine, à l’image du fil trolley utilisé dans l’attraction ferroviaire et qui ne trouve pas encore preneur.

Décalage

« Nous avons lancé avec tous les projets annoncés dans le secteur des transports (tramway, nouvelles lignes ferroviaires) mais pour l’heure, nous n’avons pas trouvé preneur. Cet investissement a pourtant coûté à l’entreprise d’importantes sommes », nous expliquera le directeur commercial d’Enicab, avant de regretter : « Il y a un énorme décalage entre les discours politiques et la réalité du terrain. On préfère toujours sous-traiter avec des étrangers dans ce domaine.

C’est aux responsables du secteur de demander aux entreprises publiques de travailler avec tel ou tel sous-traitant, si on veut réellement développer ce segment d’activité. » Pour Saadi El Houari, sous- directeur des investissements au niveau de Ferphos, l’absence d’une base de données sur le réseau des sous-traitants ne facilite pas la tâche. « Peut-on trouver ce que l’on veut au moment voulu ? », s’interroge-t-il, revenant également sur la problématique du code des marchés.

« Il y a lieu de faire d’autres aménagements dans le code des marchés publics », suggérera-t-il concomitamment à la mise à jour régulière des données sur les entreprises sous-traitantes, notamment dans l’automobile, même si pour bon nombre de participants au dernier salon, à l’image de l’entreprise moteurs de Constantine, l’on est encore loin des conditions adéquates pour asseoir les bases d’une sous-traitance automobile.

Clarifications en attente

Un secteur dont les principaux acteurs ont brillé par leur absence au Palais des expositions, à l’exception du groupe Tahkout Motors Company (TMC) qui compte lancer, selon ses représentants, prochainement une usine de batteries à Tissemsilt et une autre pour les systèmes de freinage à Saïda pour les besoins du montage. Mais faudrait-il clarifier les procédures via les cahiers des charges, dont les textes sont au niveau du gouvernement, selon le ministre Abdessalem Bouchouareb, et ce, conformément à la nouvelle loi d’orientation sur la PME.

« Nous avons demandé à nos partenaires de s’inscrire et de s’impliquer dans cette politique de sous-traitance pour développer les métiers de l’industrie automobile », a indiqué le ministre, poursuivant dans le même sillage : « Nous avons ouvert notre marché à nos partenaires. En contrepartie, nous demanderons des parts de marché pour les pièces de rechange que nous fabriquerons. »

Des parts à augmenter dans d’autres secteurs où les étrangers sont présents. Un dossier sur lequel est fortement attendu le Centre national de développement de la sous-traitance en phase de création comme prévu par la nouvelle loi sur la PME, dont le but est de promouvoir l’activité des sous-traitants. Un chantier qui s’annonce long.

Samira Imadalou.El Watan.

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