L’exploitation du gaz de schiste en Amérique du Nord redistribue la carte mondiale de l’énergie

Mercredi 13 mars 2013

Grâce aux gisements importants de gaz de schiste aux Etats-Unis et au Canada, le rapport de force dans le secteur mondial de l’énergie pourrait pencher en faveur de l’Amérique du Nord d’ici 2020 alors que les exportateurs traditionnels de gaz doivent rechercher de nouveaux clients en Europe et en Asie.

C’est la principale conclusion de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) dans son nouveau rapport sur les facteurs-clés qui sont en passe de modifier l’économie des matières premières tout en comportant des enjeux pour les pays en développement dont l’économie est tributaire de ces produits de base.

Le principal facteur contribuant à "cette redistribution probablement spectaculaire" des cartes de l’énergie est la nouvelle technologie d’exploitation des schistes (forage horizontal et fracture hydraulique) qui permet de libérer les immenses volumes des hydrocarbures emprisonnés dans les roches, note ce rapport.

Hausse fulgurante de la production du gaz de schiste aux Etats-Unis

En conséquence, la production de gaz de schiste "a explosé" aux Etats-Unis passant de moins de 1% de la production intérieure de gaz naturel en 2000 à 23% en 2010 et devrait représenter 49% de la production totale de gaz sec dans ce pays d’ici à 2035 On estime les gisements de pétrole non conventionnel aux Etats-Unis et au Canada à plus de 2.000 milliards de barils et 2.400 milliards de barils respectivement.

Par comparaison, les ressources de pétrole conventionnel au Moyen-Orient et Afrique du nord et dans la corne de l’Afrique s’élèvent à 1.200 milliards de barils, indique le rapport qui sera présenté la semaine prochaine à Genève à la réunion des experts des produits de base de la Commission de commerce et du développement de la Cnuced.

L’essor actuel du pétrole et du gaz de schiste a aidé les Etats-Unis "à réduire leur dépendance à l’égard des importations de combustible", soulignent les auteurs du rapport qui observent que la demande américaine d’importations de GNL et de gaz transporté par gazoduc "a fortement chuté".

"Les Etats-Unis prévoient de devenir d’ici à 2022 un exportateur net de GNL dont les exportations nettes totaliseraient 1.400 milliards de m3", indique-t-elle, ajoutant que "cette évolution peut contribuer à la réalisation de l’objectif d’autosuffisance et de sécurité énergétiques" de ce pays.

Le gaz de schiste a créé des surcapacités mondiales de GNL

En conséquence, observe-t-elle, "l’essor du gaz de schiste a non seulement modifié la donne énergétique en Amérique du Nord mais a aussi créé des surcapacités mondiales de production de GNL".

Suite à la baisse du prix du gaz sur le marché des Etats-Unis et face à la perspective réelle de voir ce pays devenir un exportateur net de GNL, les pays importateurs d’Europe et d’Asie "sont poussés à revoir leurs relations commerciales, à prospecter et à exploiter leurs ressources de gaz de schiste lorsqu’ils en possèdent".

A ce propos, le rapport fait valoir que le fait que les consommateurs européens pourraient avoir accès à du gaz bon marché provenant des Etats-Unis "risque d’affaiblir les structures de commercialisation (contractuelles) en place et les modalités de tarification des ventes de gaz indexées sur le cours du pétrole".

En ce sens, la Russie, un des principaux fournisseurs de l’Europe en gaz naturel, "a déjà permis l’indexation de certaines parties de ses ventes de gaz sur les prix pratiqués sur les marchés au comptant et sur les marchés régionaux, plutôt que sur le prix du pétrole".

D’autres pays qui souhaitaient initialement exporter du GNL vers le marché des Etats-Unis, "doivent rechercher de nouveaux partenaires commerciaux en Europe et en Asie", préconise la Cnuced.

Incidences futures sur le prix du GNL

Face à cette nouvelle donne, "il y aura inévitablement une incidence sur le prix du GNL aux niveaux national, régional et international". Si les tendances actuelles se poursuivent, "la demande de gaz augmentera et le gaz naturel pourrait occuper une place encore plus grande dans les sources mondiales d’énergie primaire", avance le rapport.

Cependant, comme cela est toujours le cas des principales tendances du secteur de l’énergie, "les questions essentielles restent sans réponse et les grands problèmes persistent", affirme la Cnuced.

Selon elle, la première question qui se pose a trait à l’essor de l’exploitation des gisements schisteux aux Etats-Unis et à la possibilité de "reproduire cette expérience dans d’autres pays qui disposent de ressources techniquement récupérables".

La deuxième question, qui est peut-être la plus controversée, porte sur les techniques d’exploitation des gisements schisteux et leur impact sur l’environnement, en particulier la pollution de l’eau et les fuites de méthane, explique-t-elle. "L’exploitation du gaz de schiste est interdite en France et en Bulgarie, et fait l’objet d’une opposition de plus de plus forte en Allemagne", rappelle-t-elle.

Relevant le vide juridique dans les règlements actuels de l’Union européenne en ce qui concerne l’extraction de gaz de schiste, les auteurs du rapport recommandent d’adopter de nouvelles lois englobant tous les aspects de l’exploitation des gisements schisteux afin de réduire, autant que faire se peut, les dommages causés par la fracture hydraulique sur la santé humaine et l’environnement.

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