Discours du Ministre de l’Energie et des Mines à l’occasion de la rencontre Union Européenne – Algérie

Vendredi 9 décembre 2011

Ministre de l'Energie et des Mines M. Youcef Yousfi

Mesdames et messieurs,

Honorables invités,

Je suis particulièrement heureux d’être parmi vous à l’occasion de la rencontre conjointe Algérie-Union Européenne consacrée au partenariat dans le domaine des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Cette rencontre qui réunit les principaux acteurs de l’Union Européenne et de l’Algérie opérant dans les secteurs des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique témoigne d’une volonté commune d’encourager des partenariats fructueux dans ce domaine.

Je voudrais saisir cette occasion pour exposer les opportunités de partenariat offertes dans ce domaine par l’Algérie tout en passant en revue les conditions pour asseoir une coopération avantageuse et équilibrée pour ces projets durables.

L’Algérie qui présente un avantage réel en termes de superficie, de radiation solaire et de proximité de l’Europe du Sud, réunit toutes les conditions pour le développement des technologies renouvelables notamment solaires à grande échelle.

Ce recours aux énergies renouvelables qui répond à des enjeux environnementaux et de diversification des sources d’énergies constitue avant tout, pour notre pays, un défi industriel. Notre programme EnR et efficacité énergétique, associé à un plan de formation, de capitalisation et de Recherche & Développement, vise à promouvoir et à stimuler une véritable industrie des renouvelables axée principalement sur le solaire. La réalisation du programme prévoit que la majeure partie des équipements et des composants soit fabriqués localement.

Les partenariats doivent conduire à réaliser des projets concrets au bénéfice mutuel qui intègrent la maitrise des technologies de production, les transferts de savoir faire et d’expertise, la formation et la recherche développement.

Pays émergent, en pleine croissance, l’Algérie a encore de nombreux défis à relever.

Mais les efforts déployés dans l’amélioration de la qualité de vie des Algériens ont porté leurs premiers fruits. Tous les Algériens ont aujourd’hui accès à l’énergie : le taux d’électrification a atteint 98% et le taux de raccordement au gaz naturel près de 50%. Tous les ménages ont également accès au gaz butane, notamment dans les régions les plus reculées. En matière de santé, la couverture médicale et sociale dans mon pays est l’une des meilleures en Afrique. De même, les efforts de scolarisation ont fait reculer l’analphabétisme et le taux de scolarisation est aujourd’hui de 98%. Nos universités sont fréquentées par plus de 1,2 million d’étudiants dont 60% sont des femmes.

La situation économique de notre pays est plutôt favorable. Durant ces dernières années, le gouvernement algérien a adopté des politiques budgétaires et monétaires prudentielles et a donc pu bénéficier d’une assise financière solide en accumulant d’importantes réserves de change et en remboursant sa dette extérieure. Aujourd’hui,

le PIB de l’Algérie est estimé à environ à 5.000 $/habitant, le taux de croissance hors hydrocarbures est d’environ 6% et le taux d’inflation est de 3% par an. Les investissements directs étrangers sont en hausse en dépit d’une baisse significative du volume global des investissements directs dans le monde.

Mesdames et messieurs,

Dans le secteur de l’énergie, nous intensifions les efforts d’exploration pour augmenter nos réserves afin non seulement de répondre aux besoins croissants de notre marché intérieur mais aussi de consolider notre position comme un acteur actif et fiable dans les marchés régionaux et internationaux. Le potentiel de l’Algérie en termes de réserves d’hydrocarbures est important, mais reste relativement sous exploré. Le pays est constitué de 1,5 million de km2 de bassins sédimentaires dont les deux tiers n’ont pas encore fait l’objet de programme d’exploration, notamment dans le Sud-ouest et le Nord de l’Algérie et dans la zone off-shore d’une superficie de 100 000 km2, aujourd’hui, totalement inexplorée.

L’intensification des efforts d’exploration est au coeur de notre stratégie et les opportunités d’investissement sont ouvertes pour nos partenaires. Nous avons des infrastructures de bonne qualité, des conditions d’exploitation avantageuses et des ressources humaines qualifiées. Le développement en amont va mobiliser plus de 60 milliards de dollars durant la période 2011-2015.

En électricité, et pour répondre à une demande croissante, le gouvernement algérien va allouer 30 milliards de dollars pour la mise en oeuvre de 1 200 mégawatts/an de nouvelles capacités électriques d’ici 2020. Le gouvernement s’est également engagé pour que 40% de l’énergie produite d’ici 2030 sera d’origine renouvelable.

Mesdames et messieurs,

Nous croyons fermement que la croissance, le développement de notre pays ne peuvent être envisagés sans un investissement massif dans les énergies renouvelables, notamment solaires. L’Algérie a l’ambition de devenir un acteur majeur en la matière et nous nous efforçons de mettre tous les moyens dont nous disposons pour y parvenir. Les énergies renouvelables représenteront, d’ici 2030, une part importante dans notre « mix énergétique ». Nous nous attelons à en faire la promotion tant auprès des investisseurs locaux que des investisseurs étrangers désireux de réaliser en Algérie des projets de grande envergure. C’est là un pas historique et décisif que nous venons de faire. Désormais, le renouvelable est une condition de développement durable et, à partir de cette année, une réalité. Un programme ambitieux de 80 milliards de dollars dont les deux tiers ont été affectés au développement des énergies renouvelables et un tiers à la promotion de l’efficacité énergétique permettra d’installer une puissance d’origine renouvelable de près de 22 000 MW entre 2011 et 2030 dont 10 000 MW seront dédiés à l’exportation.

Au-delà de l’accès et du développement de la technologie, la coopération en matière de financement est également primordiale. Les coûts des renouvelables et de la recherche en la matière restent encore aujourd’hui un frein insurmontable pour beaucoup de pays. Nous devons ensemble trouver des mécanismes qui permettraient aux Etats, aux banques, aux institutions financières et aux entreprises d’agir pour que le poids des financements et des risques soit supportable et partagé.

De même, les questions liées à l’utilisation de cette énergie d’origine renouvelable mais aussi l’accès aux marchés de l’électricité, notamment en Europe, soient débattus pour permettre un véritable essor de l’industrie et une multiplication des sources d’approvisionnement. Les cadres institutionnel, juridique et réglementaire doivent être adaptés. Au-delà des incitations, subventions et encouragements à l’investissement, ils doivent assurer aux pays du sud les conditions idoines pour leur permettre d’accéder aux renouvelables sans discrimination aucune et de développer une industrie viable, créatrice de richesse et profitable socialement et économiquement.

Il reste entendu que d’autres difficultés liées aux investissements dans les infrastructures de transport de l’électricité et des interconnexions avec l’Europe, aux impératifs de stockage et du foncier doivent être réglées pour que la filière puisse se développer à un rythme soutenu. Ces obstacles, notamment les interconnexions,

sont encore critiques. L’enthousiasme que chacun de nous manifeste pour les énergies renouvelables ne doit pas nous faire perdre de vue ces difficultés épineuses auxquelles il faudra trouver des solutions.

La coopération sera également nécessaire en matière de formation et de partage des expériences. Une école des renouvelables a ouvert ses portes cette année à Alger et nous voulons l’associer à des centres d’excellence qui pourront nous apporter leur appui. Mesdames et messieurs,

Notre stratégie comprend trois priorités : le développement de l’intégration nationale et de la recherche scientifique, le développement des énergies renouvelables et la promotion des économies d’énergie.

Le potentiel national en énergies renouvelables étant fortement dominé par le solaire, nous allons axer l’essentiel de nos efforts dans le développement des énergies solaires photovoltaïques et solaires thermiques. Cela n’exclut pas pour autant le lancement de nombreux projets de réalisation de fermes éoliennes et la mise en oeuvre de projets expérimentaux en biomasse et en géothermie. C’est une chance qu’il convient d’encourager en favorisant les investissements nécessaires et en apportant une aide déterminante de l’Etat.

Plus qu’un discours sur les renouvelables, il s’agit aujourd’hui d’énoncer des mesures concrètes, un projet ambitieux et commun qui ne peut être mené que pas des compétences avérées et des acteurs engagés pour atteindre deux objectifs phares : Porter à 40% la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité destinée à la consommation nationale d’ici 2030 ; et Faire de l’efficacité énergétique un véritable cheval de bataille.

Mesdames et messieurs,

Les initiatives en matière de renouvelables sont nombreuses. Permettez-moi à ce sujet d’en dire un mot : on est souvent interpelé à propos de la position de l’Algérie vis-à-vis de Désertec ou de Medgrid . Nous n’avons jamais exprimé notre désaccord avec l’une ou l’autre des initiatives. Pas plus tard que ce matin, Sonelgaz et DII ont signé un mémorandum d’entente pour développer un partenariat stratégique dans le domaine des énergies renouvelables afin de promouvoir la fabrication locale des équipements, la réalisation de centrales d’énergies renouvelables, la formation ainsi que le développement d’axes de recherche dans le domaine des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique, en collaboration avec les laboratoires et les universités algériennes. Nous avons toujours manifesté notre intérêt pour la coopération. Nous avons donné de la visibilité aussi bien pour les partenaires éventuels locaux qu’étrangers de façon à favoriser l’émergence et la pérennité d’une filière industrielle que nous voulons solide et surtout, professionnelle. La part des renouvelables dans notre stratégie, vous l’aurez compris, justifie le développement et l’industrialisation de cette filière. Nous avons offert aussi des mesures incitatives et travaillons aujourd’hui pour adapter notre cadre juridique. Il est de même important pour nous de rassurer ces mêmes investisseurs sur l’intérêt que nous portons à la transparence dans les passations de marché et sur les respect des règles et procédures qui assurent un traitement équitable pour tous les soumissionnaires. Des appels à manifestation d’intérêt, des appels d’offres sont lancés et ouverts à tous dans le domaine des partenariats, construction d’usines, de fabrication ou achats de matériels, de réalisation de centrales ou acquisitions d’équipements… Ces procédures ont déjà permis de conclure le contrat de réalisation d’une usine de fabrication de modules photovoltaïques, unique en Afrique et du projet de réalisation d’une ferme éolienne dans le sud.. De même, il est prévu la réalisation d’un réseau de sous-traitance nationale pour la fabrication des équipements entrant dans la construction des centrales solaires et éoliennes.

Aussi, pour assurer les capacités de conception, de procurement et de réalisation,

nous apporterons l’appui qu’il faut à la recherche et nous créerons des passerelles entre les centres de recherche et les industriels pour que tous les acteurs puissent intervenir dans les différentes étapes de la chaîne d’innovation. Ce sont des synergies effectives entre le monde de l’entreprise et le monde de la recherche qui nous permettront de maîtriser et de développer les techniques et technologies et nous encourageront à tester les différentes applications des filières d’énergies renouvelables dans le dessalement des eaux saumâtres, le pompage de l’eau, les télécommunications, le transport…etc.

Pour coordonner les apports de chacune des communautés industrielles,

universitaires, juridiques et institutionnelles, nous avons décidé la mise en place d’un commissariat aux énergies renouvelables qui guidera de façon globale et cohérente les réflexions sur les dispositifs de soutien aux énergies renouvelables en consultation durables avec tous les acteurs du domaine et aidera à donner à l’Algérie les moyens d’aller de l’avant.

Recherche, détermination, responsabilité, initiatives, confiance, industrialisation et création d’emploi, ce sont ces principes qui orientent notre réflexion sur les renouvelables en Algérie. C’est ainsi que nous concevons leur avenir dans notre pays et leur impact sur l’économie et la société.

Mesdames et messieurs,

Nous devons nous donner les moyens pour assurer l’avenir des énergies renouvelables et donc, de notre avenir à tous. Je suis pour ma part confiant. J’ai confiance en notre capacité à conjuguer nos efforts pour que les défis d’aujourd’hui soient nos prouesses de demain.

Merci à tous de votre aimable attention.

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