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Exploitation de l’hydrogène… pourquoi pas ?

L’hydrogène fait partie des solutions du futur pour stocker l’énergie. Si son potentiel n’est pas négligeable, certains experts restent dubitatifs quant à son exploitation.

L’Algérie peut jouer un rôle-clé dans la production, l’exploitation, le transport et l’exportation de l’hydrogène durable puisque l’expertise et les infrastructures sont déjà disponibles», c’est ce qu’assure Noureddine Yassa, commissaire aux Énergies renouvelables et à l’Efficacité énergétique.

D’ailleurs, une nouvelle initiative baptisée «A North Africa-Europe Hydrogen Manifesto» vient d’être lancée visant à produire de l’hydrogène durable à partir du solaire et de l’éolien en Afrique et l’exporter vers l’Europe via des gazoducs déjà existants «avec des retours conséquents, tant économiques qu’en matière de recherche et innovation et développement du capital humain hautement qualifiée», explique-t-il. M. Yassa explique qu’il s’agit d’un autre modèle d’interconnexion basé sur le transport et l’export de l’hydrogène au lieu de l’interconnexion électrique dont les investissements sont colossaux et les pertes énormes.

Souvent présenté comme l’énergie du futur, 95% de l’hydrogène est aujourd’hui produit à partir d’énergies fossiles. Mais une alternative moins polluante existe : l’hydrogène bas carbone obtenu par électrolyse de l’eau. Une solution plus respectueuse de l’environnement tant que l’hydrogène durable représente une solution complémentaire pour produire et stocker des énergies renouvelables. D’ailleurs, la 3e édition du Symposium international sur l’hydrogène durable, qui s’est tenue il y a quelques jours, avait pour but de débattre des technologies de production, de stockage et d’utilisation de l’hydrogène et des carburants alternatifs.

Exploitation

A cet effet, M. Yassa ajoute que plusieurs plans et programmes sont en train de se mettre en place dans plusieurs pays pour développer la production et l’exploitation de l’hydrogène durable, notamment comme solution de stockage d’énergie et un palliatif aux problèmes d’intermittence du solaire et de l’éolien et dans les secteurs des transports terrestre, maritime et aérien. Selon lui, beaucoup d’experts trouvent dans l’hydrogène une solution stratégique pour atteindre un monde décarboné et 100% renouvelable. «Les coûts du kilowatt heure à partir du solaire et l’éolien ont sensiblement chuté pour atteindre des niveaux en dessous de 2 cents de dollar. Les prix des électrolyseurs sont en train de chuter dans les marchés et c’est une bonne nouvelle pour la production de l’hydrogène», explique-t-il.

Ce dernier estime que l’Algérie ne doit pas rester à la marge de cette forte dynamique mondiale car nous possédons les infrastructures du transport de gaz grâce auxquels l’hydrogène pourrait être exporté. Ainsi, l’Algérie maintiendra sa position stratégique en tant que fournisseur fiable de l’énergie à l’Europe ou «Clean Power House for Europe».

Perspectives

Pour ce qui est des perspectives d’utilisation des capacités énergétiques de l’hydrogène, M. Yassa précise que ce gaz constitue une réelle alternative en tant que vecteur énergétique et possède un potentiel important dans ce qu’on appelle le «Power-to-X», c’est-à-dire transformer l’excès de l’électricité produite des ressources renouvelables, essentiellement solaire et éolien, en une molécule d’hydrogène. Le X peut être l’hydrogène, le méthane, l’ammoniac (fertilisant vert dans l’agriculture) ou carrément des hydrocarbures synthétiques (carburants verts). Il s’agit de la transformation des électrons (électricité) en des molécules chimiques vertes et durables comme l’hydrogène.

Noureddine Yassa confie que la production de l’hydrogène durable à partir de l’électrolyse de l’eau en déployant le solaire ou l’éolien comme sources d’énergies est recherchée pour opérer une large transition énergétique dans tous les secteurs (transport, industrie, agriculture, sidérurgie…) pas seulement dans le secteur de la production d’électricité, et atteindre les objectifs du développement durable et ceux fixés par l’Accord de Paris sur le changement climatique, résultat des négociations auxquelles l’Algérie s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre (CDN Algérie, Contribution Déterminée au Niveau National.

Potentiels

Quels sont donc les potentiels et les limites du développement de l’hydrogène ? A en croire l’analyse de M. Yassa, l’hydrogène durable est produit à partir de l’électrolyse de l’eau en employant des ressources énergétiques renouvelables, et peut être utilisé en faveur de différentes applications telles que le transport, le chauffage, l’industrie et même l’agriculture. «Pour toutes ces raisons, nous veillerons, au sein du Commissariat aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique, nouvellement créé, au lancement de projets-pilotes pour développer l’hydrogène renouvelable, en y associant les opérateurs économiques et les universitaires», explique-t-il.

Selon lui, ces projets permettront d’étudier la faisabilité technique et la viabilité économique de la production, de l’exploitation et du transport de l’hydrogène durable. «Pour cette raison, le commissariat compte intégrer l’hydrogène durable dans la stratégie nationale globale du développement des énergies renouvelables qui sera mise en place avec la participation de toutes les parties prenantes dans ce domaine stratégique pour la sécurité énergétique de notre pays», ajoute-il.

De son côté, Tewfik Hasni, consultant en énergie, estime que le potentiel pour l’hydrogène à partir de l’eau est à la dimension des mers et océans de la planète ; cependant, ses limites sont encore relativement importantes. A cet effet, l’expert explique : «La densité est négative, ce qui fait que pour le stocker il faut des capacités tellement importantes que cela représente un risque très élevé vu l’inflammabilité de l’hydrogène. Sa liquéfaction pourrait être la solution». Cependant, de son avis, le coût de tout cela, la séparation par électrolyse et la liquéfaction rendent l’action peu rentable.

Technologie

En termes de maîtrise de technologie, M. Hasni estime que l’électrolyse ainsi que la liquéfaction sont maîtrisés. Cependant, la nouvelle technologie plus économique que l’électrolyse qui consiste à faire le craquage de la molécule d’eau à haute température, pas vraiment. «C’est la méthode révolutionnaire que nous avions envisagée et proposée sans succès à Sonatrach», se désole-t-il.

De plus, le spécialiste estime qu’étant donné que cette technologie s’appuie uniquement sur le solaire thermique, il est évident que le préalable est le développement de tours solaires, comme le prévoit le procédé mentionné ci-dessus et ensuite réaliser un four solaire permettant d’atteindre les 1400°C. «Ce n’est certes pas la mer à boire, mais ce n’est pas possible avec la vision actuelle du développement technologique», ajoute-il. Par ailleurs, M. Hasni estime que les enjeux de l’émergence de l’hydrogène menace la sécurité de notre pays.

Et pour cause : «Nous avions attiré l’attention que le manque d’intérêt accordé au développement du solaire thermique avait amené un conseiller du président Bush junior à proposer de déclarer le soleil du Sahara patrimoine mondial». A en croire son analyse, si l’eau de mer, nécessaire à la production d’hydrogène est assez bien répartie sur la planète, les régions à haut potentiel thermique restent limitées et l’Algérie possède le plus grand potentiel au monde. «Cela voudrait dire que notre pays deviendrait le hub énergétique mondial. Il faut convenir que les prédateurs seront nombreux», conclut-il.

El Watan

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