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Docteur Tassalit Djillali. Chercheur à l’UDES «La culture du stockage de l’eau est absente»

L’eau, liquide vital dans la vie de l’homme, dans le développement agricole et industriel d’un pays, ne fait pas l’objet d’un intérêt particulier depuis des années en Algérie. En l’absence des autorités et des élus locaux de la wilaya de Tipasa, les scientifiques et chercheurs algériens se sont rencontrés dans la wilaya de Tipasa avec leurs homologues des pays arabes et des autres continents afin de débattre, d’abord sur la manière de réutiliser les eaux épurées (procédé qui n’existe pas en Algérie, ndlr), de stocker l’eau et de consommer rationnellement et intelligemment le précieux liquide. Les décideurs algériens se sont attelés à construire des barrages, des Stations de traitement des eaux (STEP) et des Stations de dessalement d’eau de mer (SDEM) à coups de milliers de milliards de dinars, ayant généré des scandales ensuite, malheureusement sans jamais attacher de l’importance à la culture de stockage et de la consommation de cette eau produite par ces complexes, en plus de celle qui se trouve dans les nappes souterraines. Le Docteur Tassalit Djillali, chercheur en dessalement d’eau de mer et des eaux saumâtres à l’UDES de Bou-Ismaïl, nous en parle.

– Pourquoi avoir organisé ce rendez-vous à Bou Ismaïl ?

Des experts et des conférenciers de renommée internationale avaient répondu à notre invitation pour exposer les résultats de leurs travaux scientifiques, sur plusieurs thématiques, notamment le traitement de l’eau, le dessalement, la réutilisation des eaux traitées, les applications des procédés durables pour le traitement de l’eau. Il s’agit de la 1re conférence internationale pour ce thème précis en 2019, donc cela s’est déroulé chez nous.

– Parlez-nous de votre expérience sur le dessalement…

Au niveau de notre institution à Bou Ismail, nous travaillons sur deux axes. Une équipe qui travaille sur le dessalement et la seconde mène ses recherches sur le traitement des eaux usées, il s’agit de 02 axes de recherche différents. Dans nos recherches, nous introduisons les énergies renouvelables. Nous développons des prototypes qui fonctionnent à l’énergie solaire, à l’énergie photovoltaïque.

La désinfection se base sur l’énergie solaire directe, par l’irradiation ultra-violent, à partir des rayons solaires. Ce rayonnement sert à l’élimination des bactéries ou des micro-organismes qui se trouvent dans l’eau, mais également utilisé pour dégrader les polluants non dégradables. En Algérie, toutes les STEP fonctionnent par les procédés biologiques. Il faut savoir que les micro-polluants, les détergents, les pesticides, les produits pharmaceutiques sont non biodégradables. Il existe un procédé tertiaire qui est utilisé dans ce cas.

– Nous sommes curieux de l’état des lieux en Algérie…

Notre pays se trouve dans une région de stress hydrique. Avec l’augmentation de la population, le développement de l’industrie, de l’agriculture et la construction des logements, la demande en eau augmente naturellement. Afin de faire face à cette problématique, il faut donc trouver des moyens adaptés à cette situation, pour assurer la quantité d’eau nécessaire pour les différents domaines d’activité.

C’est la raison pour laquelle notre pays a développé un important programme de dessalement, pour remédier au déficit en eau, en plus de l’utilisation des eaux de surface et des eaux souterraines. L’eau est non renouvelable. Le coût de production de l’eau de la SDEM est trop élevé. Le système de dessalement utilise de l’énergie électrique, basée sur les membranes d’osmose inverse. Pour mettre en marche la pression très importante d’ailleurs dans la SDEM, il faut utiliser de l’énergie, plus de 60 bars.

– Où en est-on avec l’introduction de l’énergie propre dans les SDEM ?

Il y a plusieurs procédés que nous pouvons utiliser. Mais sachez qu’on doit faire fonctionner les SDEM à l’aide d’un système hybride d’énergie. Il faut bien utiliser de l’énergie électrique après l’épuisement du stock de l’énergie solaire.

– L’utilisation de l’eau de pluie existe-t-elle en Algérie ?

Malheureusement, l’eau de pluie n’est pas exploitée, pourtant le mécanisme de son utilisation est simple. C’est un problème. Dans certains pays, l’eau pure récupérée de la climatisation est exploitée à des fins utiles pour l’environnement. Au sud du pays, il y a d’immenses complexes qui utilisent la climatisation.

Imaginez un peu ce qu’on peut récupérer comme eau pour l’utiliser ailleurs. Toujours dans le sud du pays, nous assistons à des chutes importantes de pluie ces dernières années. Nous n’avons pas développé un système de récupération des eaux de pluie.

– Existe-t-il un procédé technologique pour récupérer cette eau ?

Non. C’est pourtant un système simple qui se base sur un réservoir pour la récupération et un filtre pour éliminer les matières en suspension. Cette eau ne doit pas être une eau potable.

– Concrètement, qu’avez-vous fait pour cela ?

Nous avons un projet avec l’ONA à Ouargla, il s’agit d’une STEP fonctionnant à l’aide des plantes qui permettent de récupérer les eaux usées, absorbent et traitent l’eau. Nous venons de débuter une expérience avec Tonic Industries à Bou Ismail. Nous avons un projet au sud du pays avec Sonatrach, il s’agit de traitement des eaux qui seront utilisées dans la production du pétrole.

Nous essayons de traiter cette eau afin qu’elles soient réutilisées et réinjectées dans les puits de pétrole, cette eau produira une pression dans les forages. Enfin, nous avons un projet de compensation avec la SDEM de Fouka. Nous développons le pré-traitement de l’eau dans le dessalement, pour éliminer les matières en suspension avant le traitement de l’eau, afin d’améliorer la qualité bactériologique de celle-ci avant de subir le traitement de l’osmose inverse.

– Est-ce que la SDEM est polluante ?

Si on parle du procédé lui-même, il n’est pas polluant. Mais quand il s’agit de saumure, là on se pose des questions sur la pollution dans la vie aquatique. Certains chercheurs estiment qu’il y a dissolution des saumures. A long terme, je crois qu’il y a cette possibilité de pollution des SDEM. Il faut encore mener des recherches dans les pays où le dessalement est en activité depuis plusieurs années.

– Notre pays est-il arrivé à saturation en matière de SDEM ?

Il y a 2 projets de SDEM en cours, à El Tarf et à Zéralda. Notre pays avec ses STEP et ses SDEM occupe une bonne place à l’échelle mondiale.

– Le mot de la fin ?

Nous assistons à des pertes insensées, au vol, aux branchements illicites, au gaspillage de l’eau. C’est énorme. La production de l’eau a un coût. Des fuites d’eau qui durent plus d’un mois, personne n’intervient.

Il faut que cela cesse. Les consommateurs et les utilisateurs de l’eau doivent prendre conscience du rôle de ce liquide dans la vie de l’homme et le développement économique. Tout le monde est impliqué dans le stockage de l’eau et son utilisation. L’enjeu est important. Sa disponibilité est vitale pour l’avenir d’un pays.

El Watan

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